Peut on parler pour ne rien dire

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  • Publié le : 6 avril 2011
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Peut-on parler pour ne rien dire ?

Analyse des termes du sujet

Comme c'est souvent le cas quand un sujet reprend dans sa formulation une expression courante et paradoxale, il est important de commencer par dégager la polysémie implicite que cache l'apparente simplicité de l'énoncé.


Est-il possible de…, avons-nous la capacité de... ?
Avons-nous le droit de ... ? »
Ici, c'estsurtout la capacité qui semble être en question, mais en admettant que cela soit possible, on peut encore se demander si cela est permis ou recommandable.



Au sens strict du terme, parler, c'est faire usage d’un langage articulé, oral. (Prendre la parole au sens propre)
Au sens large, c'est faire usage d’un langage quelconque, écrit, oral ou gestuel. (Système de signes)


Peut-onparler pour ne rien dire ?

Dans quel but parlons-nous ? La réponse immédiate est: pour communiquer. Et quelle est la finalité de la communication linguistique ?

Qu'est-ce que ne rien dire :

Ne véhiculer aucune signification quelle qu’elle soit ?
Ne rien dire d’important ou de pertinent ?
Ne pas transférer une information (usage informatif du langage) ?.
La communication linguistiquen'a-t-elle pas d'autres fonctions que le simple transfert d'information, comme les fonctions phatique, poétique (dans laquelle la forme compte plus que le contenu) ou performative ?


Problématique
D’où vient le sens ? du langage lui-même ou de l’intention de signifier ? Dit-on quelque chose même quand on ne veut rien dire ?
Y a-t-il d’autres fonctions du langage que celle du transfertd’information ? Une parole dont le but n’est pas d’informer ne dit-elle rien ? Le sens se limite-t-il au contenu informatif du message ?
Une parole insignifiante (sans importance) est-elle pour autant non signifiante (dépourvue de signification) ?
Problème du sens implicite ou du lapsus (acte manqué) : ne dit-on pas toujours plus de chose que ce que nous pensons dire explicitement ?
Quelquechose qui fait sens peut-il jamais être sans importance ? Une parole n'est jamais totalement anodine.

Eléments pour le développement
A. Nous parlons pour dire quelque chose :

Parler, au sens large = utiliser une langue, pas nécessairement oralement, pour communiquer. Une langue est un système de signes qui sert à communiquer (Ferdinand de Saussure).

Nous parlons pour communiquer,c’est-à-dire transmettre par un canal à un récepteur un message au sujet d’un référent. Ce message n’a-t-il pas un sens ?
En règle général, donc, parler, c’est dire quelque chose à quelqu’un.

Mais que dit-on?

Exemples :

Fonction informative (fonction de base de communication d’une information sur le référent du message).
Fonction expressive (manifestation de l’état du locuteur, en particulierde son état affectif).
Fonction conative (provoquer une réaction de la part du récepteur, soit sous la forme d’un comportement comme obéir à un ordre, soit sous la forme d’un état d’esprit comme réagir à un discours persuasif ou à une pièce de théâtre).
Tableau récapitulatif des différentes fonctions du langage selon Jacobson.

B. Nous parlons aussi pour ne rien dire

a- Certaines parolesont insignifiantes

b- Certaines paroles sont incohérente

c- Certaines fonctions du langage ne visent pas directement à transmettre un sens.

Parler peut être un moyen d’établir le lien préalable à toute communication. C’est la fonction phatique (établir le contact entre l’émetteur et le récepteur, attester d’une reconnaissance réciproque). Ex. « Allô ? ». Dans ce cas, je ne parle paspour dire quelque chose mais avant de dire quelque chose pour m’assurer que quand je dirai quelque chose, mon message sera bien transmis.
Parler peut aussi consister à faire quelque chose plutôt qu’à dire quelque chose. C’est la fonction performative (Austin). Dire "je te promets de venir demain", ce n’est pas simplement communiquer l’information que je viendrai, c’est aussi faire la...
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