Peut-on parler d'une doctrine libérale

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  • Publié le : 22 novembre 2009
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Plan détaille: Peut-on parler d’une doctrine libérale ?

« Il n’est pas correct de déduire des principes de l’économie que l’intérêt personnel éclairé œuvre toujours à l’intérêt public », écrit J.M Keynes en 1926 dans La fin du laisser-faire [p. 169]. « Croire qu’il existe un quelconque mécanisme automatique d’ajustement fonctionnant sans heurts qui préserve l’équilibre à la condition de sefier aux méthodes du laisser faire constitue une illusion doctrinaire qui ne tient pas compte des leçons de l’histoire tout en n’ayant aucun support théorique solide ».
Cette critique sévère de l’économie orthodoxe s’inscrit dans une courageuse et trop rare tentative de redéfinition du libéralisme économique au Xxe siècle. Keynes est un libéral, mais il n’est pas doctrinaire pour autant. Il sedistingue ici du courant néo-classique du début du siècle et renvoie aux origines du libéralisme. C'est-à-dire au libéralisme dit « classique », où le libéralisme était alors pensé comme un « tout », à la fois politique, économique et moral. Keynes en ce début de siècle écrit dans un contexte où le libéralisme économique, nous y reviendrons plus tard, est parvenu à éclipser les autres champs dulibéralisme, le marché devenant une fin en soi.

La notion de libéralisme est complexe et épineuse, et nécessite donc un travail de définition rigoureux. La raison en est simple, la notion de libéralisme dans le sens commun est mal définie. En économie, elle est associée au capitalisme, alors que ce n’est que le système économique du libéralisme. Ce rapprochement est une erreur.
Au niveaupolitique, un libéral en France serait placé sur la droite de l’échiquier politique, alors qu’un libéral aux Etats-Unis sera opposé aux conservateurs.

Si l’on dépasse le sens commun, on réalise que dans la langue courante, le libéralisme fait allusion à une doctrine qui voudrait que l'Etat soit réduit au minimum ou qui prône que l'Etat reste en dehors de l'économie ; c'est l'usage populairedu mot. Un usage réducteur, car il ne fait référence qu’au libéralisme économique.
Qu’est ce que le libéralisme

Est-ce une simple orientation politique, une doctrine opposable au socialisme et au conservatisme ? Cela serait bien trop réducteur. De plus, le libéralisme n’est pas une orientation politique car elle est à l’origine du projet démocratique moderne. Le libéralisme est lié à lamodernité, la plupart des « anti-libéraux » sont plutôt des « anti-capitalistes ».
Le libéralisme est défini comme une doctrine selon laquelle la société peut être organisée à partir du plus grand degré possible de liberté individuelle. C’est la définition la plus large.
Il découle de la conviction selon laquelle l’homme est libre, qu’il est un sujet, et non pas un simple individu empirique,et peut, à ce titre, légitimement s’opposer aux contraintes brimant sa liberté.
Cependant, il n’existe pas une école unique du libéralisme, d’autorité ou bien de fondateur. Il existe une multitude de libéralismes, plus moins compatibles ou incompatibles.
Ainsi, il faut distinguer le libéralisme originel dit « classique », des social-libéralismes réformistes (De J.S Mill à Keynes) deslibéralismes sceptiques (école autrichienne ultralibérale). Nous reviendrons sur ces termes plus tard. Par exemple quand on lit les auteurs de référence que sont Smith, ou Mill, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas partisants de l’Etat minimal ou de la non-intervention de l’Etat. Pour des raisons pratiques, on a souvent recours à la différenciation entre« libéralisme classique » et « ultralibéralisme ».Il faut également spécifier les champs du libéralisme.
Il faut ainsi distinguer le libéralisme économique (liberté de commerce, de propriété, d’entreprise) du libéralisme social et politique (démocratie, liberté civiques…) ou encore du libéralisme moral (laïcité, liberté des mœurs). Ces différents champs sont-ils compatibles, forment-ils un tout ? C’est une question que nous traiterons....