Peut-on reprocher à l’art d’être inutile ?

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  • Publié le : 13 novembre 2009
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SUJET : Peut-on reprocher à l’art d’être inutile ?
(Ceci n’est pas un corrigé modèle, mais un exemple d’une dissertation possible sur le sujet posé. Le texte n’est pas intégralement rédigé).

Comment l’art nous apparaît-il ? quand ? Pour la plupart d’entre nous, aujourd’hui, sans doute à nos moments de loisir, lorsque nous nous distrayons des fatigues du travail, lorsque nous cherchons à nouslibérer, pour un temps de repos, des contraintes que la vie sociale fait peser sur nous. C’est alors que nous pouvons ressentir à la fois la nécessité et le luxe que représente l’art. L’art est utile à notre divertissement, sans doute. Mais le divertissement est-il vraiment utile ? La question est plus difficile qu’il y paraît au premier abord. Sans le repos qu’il procure, comment pourrions-nouscontinuer à travailler ? Mais si nous nous divertissons en pensant à son utilité pour le travail, nous sombrons dans l’ennui, tellement cela nous semble absurde. L’art, sans doute, peut nous faire oublier ce cercle. D’autres fins pourraient lui être assignées : éduquer agréablement, ouvrir l’esprit, embellir l’environnement etc.. Autant de critères possibles pour adresser reproche d’inutilité, nonpas à l’art en général, mais à ces œuvres, ou à ces artistes qui exposent d’étranges objets dont on ne comprend ni le sens, ni la fonction, et qui grèvent les finances publiques, et enlaidissent le paysage urbain.
Mais là n’est pas le problème : nous vivons dans un pays libre, et la liberté publique se reconnaît aussi à la liberté laissée aux artistes de créer selon leur imagination ! Au diabledonc ces considérations mesquines qui laissent apercevoir le nez du commissaire politique qui voudrait embrigader l’art dans les bataillons de son idéologie préférée ! Reprocher à l’art d’être inutile, c’est déjà vouloir l’instrumentaliser, c’est-à-dire le soumettre à une fin extrinsèque, ne pas faire droit à ce qu’il est en lui-même et pour lui-même. Tel est en effet le sens premier de « utile » :ce qui sert d’outil, qui s’épuise dans la fin qu’il permet d’atteindre. L’œuvre d’art serait au-delà de l’outil.
Mais l’utilité s’entend aussi d’une autre manière, dans une autre perspective : quand on dit, par exemple, que la promenade est utile, on veut dire qu’elle est bénéfique au promeneur, à sa santé. C’est alors l’activité elle-même qui est considérée, non le produit auquel elle aboutit.Est-ce ainsi qu’il faut entendre l’utilité ou l’inutilité de l’art ? Non pas relativement à une fin déterminée, mais absolument parlant, ce qui peut procurer un bien à l’homme. En quel sens pourrait-on reprocher à l’art son inutilité ? Parce qu’il ne peut entrer dans une chaîne, plus ou moins longue, de moyens et de fins relatives ? ou bien parce qu’il n’est d’aucune manière avantageux à l’homme.Mais quel homme ? l’artiste ? le spectateur ou l’auditeur ? l’être générique ? Quelle pourrait être la posture qui rendrait possible de reprocher à l’art son inutilité ? Est-elle légitime ?

Tout montre que la question posée est confuse, et que cette confusion tient à l’ambiguïté du mot « art ». Parle-t-on des œuvres d’art ou de l’activité qui les a rendues possibles ? Qu’entendre sous ce mot ?« Art » vient du latin ars qui traduit le grec teknè, et désigne une habileté, ou plutôt une disposition (habitus, hexis) à mettre en œuvre des moyens, des procédés en vue d’atteindre une fin déterminée. Ex. : l’art du maçon a pour fin la construction d’une maison. C’est donc le produit final qui permet de juger de l’utilité ou de l’inutilité d’un art. Un art est toujours utile à la fin qu’ilpermet d’atteindre. Mais il existe des produits inutiles, de simples « gadgets » dont on pourrait se passer sans dommages. Par extension on peut soutenir que l’art qui permet de les produire est lui aussi inutile.
Qui juge de l’utilité ou de l’inutilité ? La réponse va de soi : l’utilisateur. S’il n’en était pas ainsi, les produit d’un art ne trouverait pas preneur. Un art est donc nécessairement...