Peut-on tout pardonner?

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  • Publié le : 28 mars 2010
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D'où vient notre difficulté à pardonner tel tort dont nous sommes victimes, lorsque par ailleurs, nous en pardonnons d'autres? Pourquoi celui-là résiste-t-il? Est-ce l'importance du dommage, ou la personnalité du criminel qui font l'obstacle au pardon? Peut-on tout pardonner?
La question suppose que le pardon nous est un acte connu, mais qui parfois excède notre capacité. "Jamais je ne pourraispardonner". Le fait ne doit pas nous empêcher de nous poser la question de droit: est-il légitime de ne pas pardonner ? (et ceci quand bien même, dans les faits, le pardon nous semblerait impossible).
Y a-t-il un domaine de légitimité du pardon? Mais la légitimité du pardon est-elle délimitable? Ne semble-t-il pas que le pardon soit légitime par lui-même, indépendamment du toute conditionparticulière? Le pardon paraît difficile à soumettre à des conditions particulières, n'est-ce pas plutôt notre difficulté à pardonner, comme à aimer ou à respecter? N'est-ce pas notre capacité ou notre incapacité à pardonner qui est soumise à l'influence des conditions, plutôt que la légitimité du pardon? Notre problème est au fond le suivant: qu'est-ce que pardonner ?
Sous cette recherche d'un éventuelfondement de l'impardonnable, se cache une inquiétude profonde: la reconnaissance de l'injustice. La peur qui nous tient, lorsqu'on envisage de lever toute condition au pardon, donc de nier toute légitimité à l'impardonnable, c'est que l'injustice ne soit par reconnue, en particulier, et peut-être primordialement, par le coupable lui-même.

Partie 1

"Qui sommes-nous pour pardonner?" "Quisommes-nous pour ne pas pardonner?" Accorder ou non son pardon, jouir de cette alternative fut un privilège du plus haut pouvoir politique. La tradition biblique en fait un acte divin par excellence. Pourquoi cette éminence du pardon?
La seconde formule souligne très précisément l'idée que le refus du pardon est un acte réservé. Seul le pardon est de notre compétence, la question de son refus nenous concerne pas, elle est renvoyée vers une instance supérieure, voire transcendante. Ces deux formules se ramènent à cette unique affirmation: l'impardonnable n'est pas de notre ressort. A nous de nous limiter strictement au pardon. Qu'est-ce que cette conception traditionnelle dévoile quant à la nature du pardon? Ce simple constat en deux volets: d'une part c'est un acte qui nous est difficile,quand il ne nous est pas impossible, d'autre part, que c'est un acte nécessaire. Pourquoi nécessaire?
Refuser le pardon, c'est laisser persister la rancœur, la haine, le désir de violence, de vengeance. Faire taire la haine, à l'échelle d'un individu ou d'un groupe, d'une ethnie, d'une nation, c'est une difficulté que la transmission possible à la descendance accroît. Le refus du pardon,transmissible à travers les générations, constitue un état de violence latent, un terreau pour le conflit brutal. D'où l'idée de retirer à chacun la légitimité de décider s'il doit ou non pardonner. Exiger inconditionnellement le pardon apparaît comme une exigence de paix sociale: sans le pardon, sans l'exigence inconditionnelle de lever les rancœurs, déliminer les haines, la vie commune serait toutsimplement impossible. Pardonner est une nécessité pour envisager un futur; sous le reproche permanent, celui-ci n'est pas envisageable. La construction de l'Europe exige que soient pardonnées les souffrances réciproquement infligées par les guerres et l'idéologie nazie.
Nous comprenons alors pourquoi, par sagesse, la faculté de disposer du pardon ("qui sommes-nous pour pardonner") et en particulier dedisposer de la possibilité de le refuser ("qui sommes-nous pour ne pas pardonner") est placée si haut, jusqu'à la seule compétence d'un être transcendant. Il s'agit de la placer le plus loin possible des individus, de nous. La paix, c'est-à-dire la vie commune, exige que le pardon ne soit pas une chose laissée à notre discrétion. Proclamer l'impardonnable, c'est entretenir la déchirure, laisser...
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