Peut-on traduire sans trahir?

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  • Publié le : 4 mai 2010
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PEUT-ON TRADUIRE SANS TRAHIR ?

On s’est toujours posé la question : « traduire c’est trahir? » Mais avant d’essayer à y répondre on doit se demander premièrement quelle est la signification du mot « traduire ». On aimerait donner cette première réponse rassurante : dire la même chose dans une autre langue. Si ce n'est que, d'abord, on a des difficultés à définir ce que signifie " dire la mêmechose ", et on ne le sait pas très bien pour les opérations du type paraphrase, définition, explication, reformulation, sans parler des substitutions synonymiques. Ensuite parce que, devant un texte à traduire, on ne sait pas ce que c’est que la chose. Enfin, dans certains cas, on en vient à douter de ce que signifie dire. On arrive pourtant finalement à comprendre que, tout en sachant qu'on nedit jamais la même chose, on peut dire presque la même chose.

D’une langue à l’autre et à une même époque, les concepts ne se recouvrent jamais tout à fait, ce qui suffirait à faire de la traduction, à l’échelle de chaque mot, une tâche ardue. Tout le travail lexicologique du monde ne pourra prévenir le fait que le mot « brânză » en roumain n’est pas un équivalent exact, mais approximatif, dumot « fromage » en français (en France il y a plus de trois cents sortes de fromages). Il est pourtant le plus proche, et, dans la plupart des cas, sera approprié pour le traduire. En somme, les dictionnaires, bien qu’ils soient des outils indispensables, ne servent jamais que de source d’inspiration. A l’échelle de la phrase, le problème se complique encore. Car outre les équivalents individuelsqu’il faut trouver pour chaque élément qui la compose, il s’agit de restituer son rythme général, son souffle, sa respiration, ses teintes et ses sonorités : son style. Donc, si traduire c’est donner à lire une œuvre dans une autre langue, il devient nécessaire de reproduire des écarts par rapport à une norme équivalente dans la langue cible ; de reproduire son style, non à l’identique s’entend, maispar transposition. Et voilà ici la première difficulté de la traduction. Elle consiste non seulement à apprécier avec exactitude à quelle distance se situe la langue du texte original - la phrase et tous les éléments qui la composent - par rapport à la norme écrite que l’on jugera bon de prendre pour référence, et à définir l’écart éventuel entre les deux ; mais aussi, à mettre au jour, autant quepossible, l’effet produit par le texte original et ses particularités chez un hypothétique lecteur contemporain. La seconde difficulté majeure consistera à s’affranchir de la pression de la norme dans la langue cible, pour recréer, ou, plus exactement, pour transposer le style en question.
Le principe selon lequel l’enjeu primordial du travail de traduction réside dans l’appréciation exacte dela langue de l’original et de la manière dont elle se manifeste à un lecteur contemporain semble cependant rester valable. Ainsi, sans qu’il soit question de reproduire artificiellement une langue morte, on sera d’avis qu’il est souvent nécessaire, pour traduire certains auteurs anciens, d’avoir recours à des formes devenues archaïques dans la langue cible. Chaque œuvre est animée d’une vie propreplus ou moins forte, et elle est le moteur de ses propres traductions. On peut dire alors que chaque traduction, contrairement à l’original, agonise rapidement sous la lecture des générations successives et de leur langue en constante évolution. Les traductions d’auteurs reconnus, qui font parfois office de référence et se refusent à mourir, sont à ce titre une exception ; de fait, le lecteur leurreconnaît implicitement le statut d’œuvre. Pour rester donc immortelle, une traduction doit cesser d’être „une démission ou un pis-aller pour devenir un instrument exigeant et une méthode rigoureuse d’étude de la langue à ses différentes niveaux. » (Fields, 1983 : 459)
Le fait de traduire un texte ne veut pas dire le reproduire. On peut considérer la traduction plutôt comme une approche. Il...
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