Philebe de platon

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  • Publié le : 13 novembre 2011
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PLATON PHILÈBE [ou Du plaisir ; genre éthique] Traduction Émile Chambry PERSONNAGES DU DIALOGUE : SOCRATE, PROTARQUE, PHILÈBE SOCRATE

I. — Vois donc, Protarque, ce qu’est la thèse de Philèbe, dont tu vas te charger à présent, et ce qu’est la nôtre, contre laquelle tu vas argumenter, si elle est contraire à ta façon de penser. Veux-tu que nous les résumions l’une et l’autre ? PROTARQUE Trèsvolontiers. SOCRATE Or donc, Philèbe soutient que le bien, pour tous les êtres animés, consiste dans la joie, le plaisir, l’agrément et dans toutes les choses du même genre, et moi, je prétends que ce n’est pas cela, et que la sagesse, la pensée, la mémoire et ce qui leur est apparenté, comme l’opinion droite et les raisonnements vrais, sont meilleurs et plus précieux que le plaisir pour tous ceuxqui sont capables d’y participer, et que cette participation est la chose du monde la plus avantageuse pour tous les êtres présents et à venir. N’est-ce pas à peu près cela, Philèbe, que nous disons l’un et l’autre ? PHILÈBE C’est exactement cela, Socrate. SOCRATE Eh bien, Protarque, te charges-tu de la thèse qu’on remet entre tes mains ? PROTARQUE Il le faut bien, puisque le beau Philèbe nous faitfaux bond. SOCRATE Il faut donc employer tous les moyens pour atteindre la vérité sur cette matière. PROTARQUE Oui, il le faut. SOCRATE II. — Eh bien donc, puisque nous sommes d’accord là-dessus, convenons encore de ceci. PROTARQUE De quoi ? SOCRATE Que, dès ce moment, chacun de nous essayera de faire voir quel est

l’état et la disposition de l’âme qui est capable de procurer à tous les hommesune vie heureuse. N’est-ce pas là ce que nous avons à faire ? PROTARQUE C’est bien cela. SOCRATE Vous avez à montrer, vous autres, que cet état consiste dans le plaisir ; moi, qu’il consiste dans la sagesse. PROTARQUE C’est exact. SOCRATE Mais que ferons-nous, si nous découvrons un autre état préférable à ceux-là ? S’il nous paraît plus proche parent du plaisir, n’est-il pas vrai que nous auronsle dessous tous les deux vis-à-vis d’une vie assurée de cet avantage, mais que la vie de plaisir l’emportera sur la vie sage ? PROTARQUE Si. SOCRATE S’il nous paraît, au contraire, plus proche parent de la sagesse, c’est la sagesse qui triomphera du plaisir et celui-ci sera vaincu. Etes-vous d’accord avec moi là-dessus ? Autrement, quel est votre avis ? PROTARQUE Pour moi, j’en suis d’accord.SOCRATE Et toi, Philèbe, qu’en dis-tu ? PHILÈBE Moi, je suis et serai toujours convaincu que, de toute façon, la victoire appartient au plaisir. Mais c’est à toi d’en juger, Protarque. PROTARQUE Du moment que tu nous as remis le débat, Philèbe, tu n’es plus le maître d’accorder ou de refuser ton assentiment à Socrate. PHILÈBE Tu as raison. Ainsi me voilà quitte et, dès ce moment, j’en prends ladéesse1 elle-même à témoin. PROTARQUE Et nous, de notre côté, nous joindrons là-dessus notre témoignage au tien et nous attesterons que tu as bien dit ce que tu dis. Mais maintenant, Socrate, que Philèbe acquiesce à notre dessein ou qu’il fasse comme il le préfère, nous n’en devons pas moins poursuivre et
1 Cette déesse, comme va le dire Socrate, est la déesse du plaisir, Aphrodite, avec laquellePhilèbe, son adorateur, se sent quitte, après s’être déchargé sur Protarque du soin de la défendre.

mener à terme notre débat. SOCRATE III. — Il faut essayer et commencer par la déesse même qui s’appelle Aphrodite, à ce que dit Philèbe, mais dont le nom le plus authentique est Plaisir. PROTARQUE C’est très juste. SOCRATE J’ai toujours, à l’égard des noms des dieux, Protarque, une crainte plusqu’humaine et qui dépasse les craintes les plus fortes, et à présent aussi, j’appelle Aphrodite du nom qui lui agrée. Mais, pour le plaisir, je sais qu’il est varié, et, puisque, comme je l’ai dit, nous commençons par lui, il faut considérer et rechercher quelle est sa nature. A l’entendre ainsi simplement nommer, c’est une chose unique, mais il est certain qu’il revêt des formes de toute sorte et, à...
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