Phillips

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  • Publié le : 28 avril 2010
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Les nombreuses vies de la courbe de Phillips

Introduction
La relation salaires-chômage se pose comme problème structurant de la pensée économique. L’intuition d’une relation entre les deux variables remonte aux économistes classiques, qui interprétèrent le chômage comme le résultat de salaires trop élevés ne permettant pas à tous ceux qui souhaitent travailler de trouver un emploi. Lasolution consistait donc pour eux à diminuer les salaires jusqu’à l’obtention d’un équilibre de plein emploi. Ils postulaient donc une relation positive entre la variation des salaires à la hausse et le chômage.
Cette hypothèse s’oppose à celle de Keynes, qui explique le chômage par une demande insuffisante, laquelle ne permet pas aux employeurs de donner un emploi à ceux qui souhaitent travailler. Unralentissement de l’activité économique créant selon la théorie keynésienne une baisse des salaires et de la demande qui s’auto-entretiennent, cette dernière suppose une relation négative entre la variation des salaires à la hausse et le taux de chômage.
Dans son article publié en 1958, "The relation Beetween unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates in the United-Kingdom,1861-1957", l’économiste néo-zélandais Alban William Phillips met en évidence l’existence d’une relation inverse entre le taux de croissance des salaires nominaux et le taux de chômage au Royaume-Uni entre 1861 et 1957.


Si ce travail a connu un succès immédiat et que la courbe de Phillips est devenue « la courbe la plus célèbre de toute l’analyse économique » , c’est certainement parce qu’elleprésentait un « simple » constat empirique, offrant de large possibilités d’interprétation. Elle allait donc connaître de nombreuses « vies », au gré de ses explications et remaniements, et devenir un instrument essentiel du débat opposant les keynésiens aux monétaristes en termes de politique économique. Employée d’abord par les premiers comme une justification empirique confortant leur analyse, elle futensuite réinterprétée par les seconds afin de démontrer en quoi les politiques conjoncturelles de relance s’avèrent inefficaces voire néfastes, puis recyclée par les nouveaux keynésiens au sein du modèle WS-PS.

1. L’interprétation keynésienne
Dès 1960, Lipsey substitue à la variable « salaires nominaux » une variable « inflation » dans le modèle de Phillips. De fait, l’augmentation dessalaires nominaux est intimement liée à l’inflation. Elle entraine une augmentation de la demande et une augmentation des coûts de production pour les entreprises qui se traduisent tous deux par une hausse des prix . L’inflation peut donc être envisagée comme le taux de croissance des salaires nominaux, diminué du taux de croissance de la productivité.
La même année, Solow et Samuelson déduisent decette équivalence qu’il existe, selon la façon dont on l’envisage, un dilemme ou une possibilité d’arbitrage entre inflation et chômage. Dans un contexte économique dominé par le modèle IS-LM, portant l’idée que la demande peut être stimulée par des combinaisons de politiques budgétaires et monétaires, il revient au décideur de déterminer, en fonction de la conjoncture économique, s’il privilégieral’activité économique ou la stabilité des prix. Dans le premier cas (représenté par le point A sur le graphique ci-contre), il prendra des mesures encourageant un taux de chômage faible et une inflation forte ; dans le second (point B sur le graphique ci-contre), il optera pour une inflation plus faible et un taux de chômage plus élevé.
La courbe de Phillips ainsi réinterprétée par Solow etSamuelson vient apporter une justification à la théorie keynésienne de la relance. Ceci, parce qu’elle implique que la variable réelle « chômage » et la variable monétaire « inflation » sont interdépendantes. De fait, la théorie keynésienne suppose que, du fait de leur capacité limitée d’anticipation, les agents économiques réagiront à une politique monétaire discrétionnaire et expansionniste, non...
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