Philo corps

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  • Publié le : 9 juin 2011
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Philosophie : je suis mon corps
Le corps peut-il être sujet, puis-je le considérer comme un Je qui soit à l’origine de ses actes et qui possède la dimension réflexive propre la subjectivité ? Si je ne peux penser le corps comme sujet, puis-je pour autant penser un sujet qui se distingue du corps et qui en serait comme le propriétaire ? Il s’agit de tenter de comprendre la présence-distance ducorps à la subjectivité, de penser le sujet de cette union que Descartes renvoyait au domaine du sentiment mais qu’il nous faut penser si l’on veut concevoir un seul et même sujet pour la science et pour la vie.
 
I-Dire que « je suis mon corps », c’est supposer une identité immédiate du corps au statut de sujet. Le sujet est ce qui est à l’origine de l’action, ce qui en est la cause première etunique. Etre sujet c’est se poser comme origine d’une action et non simplement comme un maillon dans l’enchaînement des causes et des effets. C’est pourquoi le sujet est aussi un être doté de conscience de soi : il peut se saisir lui-même dans sa totalité comme origine de ses actes : il n’est pas simplement le lieu où des actes se produisent parce qu’à travers lui passent un enchaînement de causeset d’effets. L’identité à soi du corps peut-elle être l’identité à soi du sujet. Le sujet peut-il s’identifier au corps ? Le corps peut-il être sujet et ce corps sujet est-il mien ?

1°/ Comment attribuer le statut de sujet au corps puisque le corps est d’abord un objet pris dans l’enchaînement des causes et des effets ? Il faut supposer la possibilité d’une origine dans le corps en même tempsque la possibilité d’une réflexivité. La subjectivité et la réflexivité peuvent-elles émerger de la matérialité du corps ? Dans la pensée épicurienne, l’esprit est une forme d’arrangement de la matière : l’anima est diffuse dans tout le corps, l’animus, siège de la décision et de la volonté, qui est le propre de l’homme est lui aussi fait d’atomes. S’il y a une capacité de décision libre c’estuniquement parce que les atomes peuvent dévier par le clinamen et sont ainsi indéterminés. Lucrèce écrit : « L’esprit ou la pensée, dans lequel réside le gouvernement et le conseil de la vie, est partie de l’homme non moins que la main, le pied et les yeux sont parties de l’être vivant. » Le statut de sujet est donc une propriété de la matière et du corps. L’atome qui dévie est sujet car sa déviationn’est pas déterminée par un enchaînement causal. De même, la connaissance en suppose pas un sujet qui la pense, une conscience distincte du corps : elle provient d’un choc d’atomes produit par les simulacres qu’un corps émet et qui arrivent jusqu’à notre corps. « Dans l’audition, c’est donc la nature qui s’écoute elle-même, dans le sentir, elle se sent elle-même, dans la vue, elle se voitelle-même. La sensibilité humaine est ainsi le médium où, comme dans un foyer, les processus naturels se réfléchissent et s’allument pour devenir la lumière du phénomène » commente Marx dans sa Thèse de Doctorat sur la différence des systèmes de Démocrite et d’Epicure. C’est donc bien le corps qui est sujet de la connaissance. Il est aussi sujet de la morale : « La chair demande impérieusement de ne passouffrir de la faim, de la soif et du froid » nous dit Epicure dans le Fragment 33. C’est la chair, donc le corps, qui demande, qui se pose comme sujet. Et toute l’éthique consiste à savoir se limiter à ces désirs naturels nécessaires qui sont ceux que demande le corps. Le corps est donc bien à l’origine de son action. Pour le matérialisme de La Mettrie, la pensée dérive aussi du corps, elle en estune fonction. La pensée est une forme d’adaptation de l’homme à son milieu et comme toute adaptation, elle est innovante mais dans le même temps, son pouvoir d’innovation est déterminé par le milieu. Le sujet est comme une plante qui vit de son milieu extérieur : « si le climat n’est plus le même, il est juste qu’elle dégénère ou qu’elle s’améliore. ». L’esprit se nourrit du monde et il est une...
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