Philo : lettre à ménécée

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  • Publié le : 21 novembre 2009
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Lettre à Ménécée, Commentaire

“La décadence de la cité grecque comme État indépendant étant, de son temps, consommée, Épicure (-341/-270) ne philosophe plus, comme Platon ou Aristote, pour le citoyen ayant part au pouvoir politique, mais pour l’individu réduit à lui-même, et qui, au-delà même du désespoir politique, se résigne à ne plus se soucier que d’être heureux. Mais être heureux esttout un art, et ce qu’Épicure entend apporter à l’homme, c’est la méthode du bonheur. La Lettre à Ménécée est, de ce point de vue, un traité de la méthode. A quoi tient l’absence de bonheur ? Qu’est-ce qui rompt l’équilibre de l’âme et empêche la sérénité ? Rien d’autre que la crainte, l’insatisfaction et la douleur : crainte des dieux, de ce qui vient après la mort, désirs que rien ne comble,douleurs physiques. Or il est possible de supprimer la crainte des dieux par la connaissance de ce qu’ils sont, de supprimer la crainte de la mort par la connaissance de l’âme et de ce qu’elle devient après la mort, enfin de faire rentrer les désirs dans leurs limites naturelles (où ils sont aisés à satisfaire) par la connaissance de notre nature et de l’organisme humain. (...)

On le voit : lebonheur a sa condition dans la connaissance : connaissance des dieux, connaissance de l’homme. Or l’homme est au monde. La connaissance de l’homme suppose la connaissance du monde, entendant par ce mot (cosmos ) l’ensemble de ce qui est visible à l’œil nu (y compris, donc, les étoiles). La méthode du savoir est simple : construire un modèle d’univers dans lequel on puisse rendre compte de ce quel’on voit.” (Marcel Conche, contemporain, historien de la philosophie).

Comme le souligne dans ce passage Marcel Conche, il n’est pas possible de comprendre la Lettre à Ménécée en l’isolant du reste du système épicurien. Dire de l’œuvre d’Épicure qu’elle constitue un système, c’est signifier que les trois parties qui la composent (Physique, Canonique et Éthique) forment un ensemble cohérentdont les éléments sont interdépendants, se conditionnant mutuellement : la Canonique s’interroge sur les conditions de possibilité de la connaissance. Elle trouve sont application dans la Physique, c’est-à-dire dans la Lettre à Hérodote, dans laquelle Épicure développe ce modèle de l’univers dont parlait plus haut Marcel Conche. Enfin, cette connaissance rend possible de dissiper les craintes quitourmentent les hommes, en ouvrant sur l’Éthique.

La physique épicurienne

Puisque “le bonheur a sa condition dans la connaissance” de l’univers, il faut exposer les bases de ce modèle dont parle Conche. Il est strictement matérialiste, atomiste : rien n’existe dans l’univers que la matière; seuls existent les atomes et le vide.

- 1er principe : “Rien ne naît du néant”. Ceci implique quetout a une raison d’être, que toute chose naît d’une semence et d’une semence particulière, sinon “Tout naîtrait de tout”. Il s’agit d’un énoncé qui fonde toute démarche scientifique, le principe de raison suffisante.

- 2ème principe : “Le tout est corps et vide”. En plus clair : dans l'univers seuls existent les corps et le vide. 1) l'existence des corps n'a pas à être démontrée, elle l'estdirectement, par la sensation que nous en avons: nous les percevons à travers nos cinq sens. Remarque sur la sensation : elle est pour Épicure un critère absolu de réalité, c'est par elle (directement ou indirectement) que l'on peut poser l'existence de quelque chose. 2) L'affirmation d'Épicure selon laquelle le vide existe pose alors problème. Comment affirmer que ce qui, par définition, échappeà la sensation existe ? Cette existence du vide est démontrée indirectement par la sensation : Si l'on n'admet pas que le vide existe on ne peut expliquer l'existence du mouvement (dans un espace totalement plein, comment un déplacement d'un lieu vers un autre serait-il possible ?); or, il est évident que celui-ci existe; donc le vide doit exister.

Intéressons-nous maintenant aux corps :...