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  • Publié le : 31 mai 2010
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Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ? (a)
[Introduction] Justification du sujet Du fait de notre présence à nous-même, nous pensons généralement que nous sommes la personne que nous connaissons le mieux. Il arrive pourtant dans certaines situations que nous anticipions parfaitement la réaction d’un proche, ou que nous lui fassions découvrir un trait de sapersonnalité qui lui était jusque là resté inaperçu. Aussi est-il légitime de retourner ce constat pour se demander s’il n’est pas plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même, c’est-à-dire s’il n’existe pas des obstacles à la connaissance de soi-même qui n’existent pas quand il s’agit de connaître autrui. Le problème consiste dès lors à mettre en question cette prétention que nous avonsde nous connaître ; n’y aurait-il pas dans l’extériorité même d’autrui, une position qui nous manque par rapport à nous-même, et qui ainsi nous interdit d’avoir un accès à ce que nous sommes ? Dès lors, cela signifierait du moins que par le rapport à notre intériorité, nous n’aurions pas véritablement une connaissance de nous-même, mais l’illusion de cette connaissance. Ou bien plus généralement,la question qui se pose est de savoir ce que nous pouvons réellement savoir de nous-même. Dans un premier temps, nous devons nous arrêter sur les raisons qui nous amènent à penser que c’est bien nous-même que nous connaissons le mieux. Ce que nous savons de nous-même se fonde d’abord sur la conscience que nous avons de notre être dans la durée. Avant de nous connaître, nous nous reconnaissons parle jeu de la mémoire en tant qu’elle nous donne la capacité de lier entre elles des sensations et des perceptions. Celles-ci sont en effet rapportées à une même expérience, celle que je fais de ma personne à des moments différents, mais qui sont inscrits dans une même durée puisque c’est toujours moi qui ai ces sensations et ces perceptions.

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A titre d’illustration, il est clair en effetque le simple fait de se reconnaître physiquement dans le miroir chaque matin joue un rôle fondamental dans la conscience qu’on a d’être bien soi-même à travers le temps. C’est ce point que souligne Kant, dès le premier paragraphe de son Anthropologie, quand il écrit que l’homme est une « personne », notamment « grâce à l’unité de la conscience à travers toutes les transformations qui peuvent luiadvenir ». Chacun de nous, par cette conscience de lui-même dans le temps, peut en effet prendre la mesure des changements qui surviennent au niveau de son corps, ou dans sa pensée, tout en pouvant témoigner qu’il est bien le même puisque c’est lui qui prend acte des événements qu’il vit quotidiennement et des évolutions que cela entraîne chez lui. Je ne suis sans doute plus le même que celui quej’étais il y a dix ans ou même seulement il y a six mois, mais c’est bien moi qui étais cette personne il y a dix ans ou il y a six mois, parce qu’il y a une continuité de conscience de soi entre les deux époques. Au-delà, il est évident que le point de vue privilégié que je peux revendiquer sur moi-même vient de l’accès que je suis seul à avoir à mes propres sentiments, à ma pensée. Chacun, dansla conscience qu’il a de lui-même, se forge une intériorité par la relation quasi permanente qu’il a avec lui-même, et que nul autre ne peut avoir. Dans l’expérience du secret ou du mensonge par exemple, il peut ainsi y avoir un décalage tel entre ce que je montre de moi et ce que je pense vraiment, que personne n’est en mesure de pénétrer alors dans ce qu’on peut appeler mon intimité. Mais sansmême avoir besoin d’aller jusque là, il y a quelque chose de proprement inaccessible en moi, et c’est d’ailleurs ce qui fonde ma liberté d’être humain, si l’on en croit Sartre. Par le fait d’être conscient, mon acte n’est mien que par le sens que je lui donne, que par l’intention qui y préside. Aussi quelqu’un qui me regarde n’a-t-il pas accès à cette intention, à ce sens, mais seulement à l’acte...
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