Philosophie fiction

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  • Publié le : 5 mai 2011
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Etudier ce qu’est la technique, c’est analyser le rapport que l’homme entretient avec la nature. Or on ne peut mener une telle réflexion sans passer par une délimitation la plus précise possible des territoires respectifs de la nature, et de la technique. On peut utiliser de multiples paramètres pour effectuer cette distinction, la plus simple étant de ne considérer comme naturel que ce qui n’apas été modifié par l’homme. Mais un tel critère posait forcément l’homme en position d’opposition à la nature et ne rendait finalement pas compte du rapport beaucoup plus ambigu liant l’humanité au cadre de son existence, et ce d’autant plus que pour l’individu apparaissant dans un monde qui comporte déjà des objets techniques et des objets naturels, cela n’a en fait pas beaucoup de sens de s’entenir à cette délimitation.

Aussi trouve t-on avec Aristote une proposition de distinction plus pertinente, et moins évidente. Pour lui, ce qui distingue les objets naturels des objets artificiels, c’est l’origine de leur mouvement respectif. Pour le montrer, il va effectuer tout d’abord un découpage du monde selon le critère de la cause permettant l’existence des objets. Ensuite il va montrerque derrière cette idée de cause se cache en fait celle de mouvement, de changement, autour de laquelle va se solidifier sa thèse. Il montrera finalement que tout mouvement est d’ordre naturel, et que si un objet artificiel en est doté, c’est en dernier ressort parce qu’il est composé de matière naturelle.

« Parmi les êtres en effet, les uns existent par nature, les autres par d’autres causes ».On le comprend aisément si on a compris ce qui a été dit dans les lignes précédentes : le découpage qu’Aristote propose du monde se fait selon la logique de provenance des êtres qui le composent. Certains êtres existent par nature, les autres proviennent d’autres causes. Or, si on cherche d’autres sources possibles d’existence des objets, on n’en discerne que deux : soit on parle de sources quiseraient surnaturelles (au sens où elles dépasseraient la nature en n’en respectant pas les modes admis de production des objets ou des phénomènes), soit on parle en fait de l’homme, qui est dans le monde la seule source alternative d’êtres. La suite du texte montrera qu’Aristote s’intéresse bien évidemment à cette seconde catégorie, puisqu’il n’y est pas question de miracles ou d’aberrationsphysiques, mais bien d’objets produits par l’artisanat humain. Au premier abord, on est donc bien confronté à une thèse assez communément répandue, voulant que l’on divise le monde en deux parties : ce que l’homme produit d’un côté, et ce qui existe indépendamment de son action de l’autre. La phrase suivant nous le confirme : «par nature, les animaux et leurs parties, les plantes et les corps simples,comme terre, feu, eau, air ; de ces choses en effet, et des autres de même sorte, on dit qu’elles sont par nature. » On y trouve la liste habituelle des objets qui existent sans intervention humaine, Aristote confirmant lui-même qu’il s’agit là d’une liste assez conventionnelle. A strictement parler, si c’était là toute la thèse d’Aristote, ce texte n’aurait pas traversé les âges, car iln’énoncerait qu’une sorte d’évidence qui tient aujourd’hui du lieu commun. C’est donc dans ce qui suit qu’il faut chercher l’essence particulière de ce texte.

En effet, « toutes les choses dont nous venons de parler diffèrent manifestement de celles qui n’existent pas par nature ». On peut trouver cette phrase redondante, elle donne l’impression de ne faire que répéter ce qui a été dit précédemment. Or cen’est pas tout à fait le cas : si auparavant Aristote distinguait dans les faits les différents objets composant le monde, il va maintenant montrer qu’il y a une raison pour laquelle ces objets ne peuvent pas être considérés comme équivalents. Pour saisir la motivation de cette réflexion, il faudrait imaginer un instant qu’on soit plongé d’emblée dans ce monde sans le connaître, sans aucune...
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