Philosophie

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  • Publié le : 14 octobre 2009
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Le suicide est un défi. Un défi posé tant au sens commun, soucieux de retarder l'échéance, qu'au sens moral, pour qui la vie est un bien sacré. C'est aussi un affront social : devant le suicidé, la communauté se sent quelque peu coupable de n'avoir pu dissuader le suicidaire, ou du moins, de n'avoir pu lui assurer ce bonheur béat dont le commun se contente jusqu'à la mort naturelle.

Acte deviolence, le suicide ébranle nos certitudes et nous met face, malgré nous, à la question lancinante du sens de notre vie et de notre mort. La philosophie est l'apprentissage de la mort, assurait Montaigne, à la suite des stoïciens. Avec Cioran, j'affirmerais volontiers que la pensée suicidaire aide à supporter la vie : au plus profond de mon malheur, je sais qu'il me reste toujours la liberté d'enfinir. Ce geste, je le reporte d'heure en heure, tout me sachant libre de décider de sorte que jour après jour, année après année, je parcours tranquillement mon chemin vers mon destin. En tout état de cause, la pensée du suicide - comme possibilité d'achèvement d'une vie accomplie - m'accompagne et me soutient à sa manière, comme un aiguillon de la pensée. Elle est une incitation à remettre auchantier le travail nécessairement inachevé du sens.

Mais cette liberté du suicide est-elle réelle ? En considérant le geste lucide du suicidaire qui, en dehors de toute pathologie, achève délibérément sa vie, nous serions enclins à voir en lui le héros d'une lutte implacable contre le destin. Après tout décider librement de l'heure de notre mort n'est-il pas la meilleure manière d'affirmernotre humanité ? La bête, elle, obéit à l'instinct de conservation, l'homme quant à lui, peut le contrôler et s'offrir délibérément à la Faucheuse. Le suicide serait donc le dernier geste libre possible, l'ultime révolte contre le destin.

Mais pour penser la liberté du geste suicidaire nous devrions tenter de définir cette notion de liberté. Cette dernière est indissociable de l'existence danslaquelle elle y introduit une part d'indétermination, de contingence. L'acte libre est l'acte qui aurait pu ne pas être. Mais la contingence ne suffit à pas à cerner la totalité de la liberté. Nos actes sont libres mais ils ne sont pas aléatoires, du moins nous l'espérons. Se livrer au hasard est d'ailleurs l'indice d'une démission de la volonté : on joue à pile ou face lorsque l'on ne veut décideret l'on s'en remet à ces causalités indicernables qui déterminent la retombée de la pièce. L'acte libre garde donc tout au moins une part de rationalité. Certes on pourrait penser que la liberté totale serait accomplie dans une gratuité du geste échappant à toute rationalisation consciente, mais cette irrationnalité même peut prendre sens dans une économie des pulsions et de l'inconscient.

Ilfaut penser la liberté dans ses connections avec la donation du sens.

Tel qu'il nous est donné, le monde peut apparaître comme une succession d'événements contingents, dont la causalité n'est pas immédiatement intelligible. L'appréhension du monde, que le sens commun donne pour être une reproduction mentale des événements, est en fait une reconstruction cognitive, une donation empirique de sens,dont on ne peut même plus être certain qu'il repose sur des a-priori catégoriques... Le vivant met en oeuvre une stratégie de survie, de reconnaissance et de prévision des événements, à travers l'expérience de la corrélation, des liens de causalité lui permettant d'opérer les déductions nécessaires à la préservation de soi.

Un état de liberté totale supposerait que l'acte non encore accomplisoit contingence pure ; qu'il puisse à chaque instant ne pas être signifie qu'aucun lien de causalité, donc de nécessité, ne puisse être établi d'un événement à l'autre.

Le monde devient, en même temps que notre vie, chaos... mais le surgissement de l'aléatoire signifie-t-il autre chose qu'une méconnaissance des chaînes causales, qui deviennent, à notre échelle, imperceptibles ? Affirmer que...
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