Pierre bellanger skyrock

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  • Publié le : 15 mai 2011
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La jeunesse : un mythe dépassé 
    L’illusion de la catégorie   La jeunesse, en tant que classe d’âge, est un mythe dangereux. Dangereux pour les individus  traversant  cette  période  de  la  vie,  car,  ainsi  catégorisés,  ils  perdent  leur  identité  de  personnes uniques pour n’être plus définis que par leur âge : on dit un « jeune », comme on dirait un cheval. Dangereux pour ceux qui ont affaire à la jeunesse, car, le regard faussé par  l’abstraction, ils perdent de vue la complexité hétérogène d’une somme d’individualités.  Toute typologie qui nie la personne est périlleuse. On parlait comme cela « des femmes », il  arrive  que  l’on  parle  ainsi  « des  hommes ».  Nier  l’individu,  au  profit  de  la  catégorie,  est anxiogène, car cela fonde une illusion : celle d’une foule étrangère, influencée par un instinct  d’espèce qui l’animerait de façon aveugle.  Comment  accepter  que  l’on  interroge  un  « jeune »  pour  savoir  ce  que  pense  la  jeunesse ?  Comment  imaginer  que  ce  collectif  soit  à  ce  point  homogène  que  l’on  puisse  extrapoler  l’opinion globale de l’avis d’un seul ? La population française, comme la nouvelle génération ‐ comme nous ‐ regardons d’abord notre propre situation et celles de nos proches, le reste  est  secondaire.  Il  en  résulte  une  grande  hétérogénéité  de  points  de  vue.  Qui  oserait  dire :  « J’ai interrogé un adulte pour savoir ce que pensent les adultes » ?   N’a‐t‐on pas parfois un malaise lorsqu’un de nos interlocuteurs se sert d’un attribut physique  comme  substantif  unique  pour  désigner  une  personne :  « J’ai rencontré  un  gros,  un  handicapé, un Noir … » ? Il ne s’agit pas d’un propos innocent, mais l’expression qu’au fond  la personne ainsi dénommée appartient à une sorte d’humanité différente, définie par cette  caractéristique, avec tout ce que cela implique … Pourquoi l’accepter pour « un jeune » ?  Ce  déni  d’individualité  est  un  moyen  de  justification  du  contrôle.  Cette  illusion  fonde, par  ailleurs,  une  rationalité  économique.  Le  problème  des  uns  et  la  solution  des  autres.  La  société française est une forteresse dont le pont‐levis est fermé aux moins de vingt‐cinq ans  et  où  les  plus  de  cinquante  ans  sont  jetés  du  haut  des  tours.  Ainsi  la  minoration  de  la  nouvelle génération est un moyen de préserver une situation, des positions et des avantages qui pourraient, autrement, être menacés.     
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La machine à faire peur   La jeunesse est, comme toute généralisation, un « Velcro » à préjugés. Et l’accumulation des  idées reçues fait que la société française à mal à sa jeunesse : la jeune génération y est vécue  soit comme dangereuse, soit comme en danger ; soit comme coupable, soit comme victime. Elle cumule parfois le double statut : victime d’elle‐même.  Cette théorisation est phobocratique, en ce sens qu’elle est un gouvernement par la peur.  L’angoisse  de  cette  vision  est  un  moyen  de  contrôle  social  et  de  pouvoir  pour  des  institutions, des médias, et des élus dont cette psychose est le fonds de commerce.   Cette  dramatisation  intéressée  prend  appui  sur  l’inquiétude  légitime  des  parents  quant  à  leurs enfants  et  sur  la  protection  qu’ils  ont  souci  de  leur  apporter.  Mais  cette  vertu  parentale, déjà difficile à exercer car devant céder la place progressivement à l’autonomie,  est pervertie par une terreur constamment ravivée.  On ne peut penser « le jeune » sans lui adjoindre un danger. Celui qu’il cause ou celui qui le  menace.  On  ne  compte  plus  les  délits  commis  par  des « bandes  de  jeunes »  alors  que  les  grands  dérapages  économiques  de  ces  dernières  années  n’ont  jamais  eu  pour  auteurs  déclarés des « bandes d’adultes ».  La  préconception  de  la  nature  criminelle  de  la  jeunesse  est  ainsi  sans  cesse  renforcée.  L’emploi  des  termes  « jeune »,  ou  « les  jeunes »  induisent  que  l’âge  détermine ...
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