Pierre de ronsard

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  • Publié le : 25 février 2010
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DES « DERNIERS VERS » DE PIERRE DE RONSARD

L’un des plus célèbres sonnets de Ronsard qui a pour sujet quelques unes des pensées à l’esprit de celui qui va mourir. Il est souvent présenté dans les manuels scolaires sous ce titre :

LES DERNIERS VERS

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Jen’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon œil est estoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.
Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,
En essuyant mes yeux parla mort endormis ?
Adieu chers compagnons, adieu mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Pierre de Ronsard, Les Derniers Vers, 1586.

« Os » (vers1): Ce dont il n’est plus que (cf vers 1 « Je n’ai plus que les os, un squelette je semble). Le mot « os » est mis en évidence à la césure.

« Squelette » (vers 1): Ce qu’il semble être, c’est-à-dire ce qu’il est déjà, -un squelette garni d’un peu de chair -, ce qu’il est déjà et qu’il n’est pas encore : son apparaître, cette synchronie de la déliquescence. Les mots fixent des états ; la langue tend à synchroniser cette jungle des connotations, cette suite ininterrompue d’associations de pensées qui font nos jours, nos endormissements et qui filent, à toute allure, à travers les multitudes diachroniques.

« Jen’ai » / « je semble » (vers 1) : Placés au début et à la fin du vers, ces deux groupes verbaux traduisent le passage de la restriction de l’avoir (« je n’ai plus que les os ») à la misère de l’être (« un squelette je semble »). Ce passage du n’avoir plus que à l’être est exprimé par l’image, le visuel, qui rappelle que nous ne sommes jamais que poussière vouée à la poussière. Il entre aussi dansla construction du chiasme « je n’ai » / « os » / « squelette » / « je semble » qui semble enfermer le mourant dans sa propre représentation.

Rythme ternaire (vers 1-3) : Récurrent dans les 3 premiers vers du sonnet, avec cette particularité de l’accent mis sur la restriction « plus » (vers 1), qui n’est pas un mot de sens plein mais dont la charge expressive est ici très grande. Ce rythmeternaire est d’autant plus appuyé qu’il se double au vers 2 d’une ponctuation régulière et d’une insistante assonance :
« Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé. »

« trait » (vers 3) : Ce qui « a frappé ». La mort a donc déjà accompli son œuvre, s’est donc déjà présentée à l’être. Le narrateur se considère peut-être comme déjà mort, un mort qui parle, un cadavre versificateur.
Le « trait de lamort » est supposé être rapide. L’expression réfute donc l’idée d’une mort lente, d’un corps pourrissant. Ce n’est d’ailleurs pas la douleur causée par la maladie, la lente dégradation des organes qui est évoquée dans le sonnet, mais l’apparaître de la mort, la maigreur, la perte des sens, l’endormissement. Il semble que c’est une mort imminente qui aurait pu inspirer ces vers et qu’ils ont donc étécomposés à l’heure de l’ultime foudre.

« corps » (vers 8) : « Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble ».
Cette descente au royaume des ombres est soulignée par la répétition de groupes sonores voisins : « descendre » / « désassemble », l’emploi de sonorités closes (« corps » , « tout »), un rythme régulier (« Mon corps / s’en va descendre / où tout / se désassemble »). Elle estplacée, cette descente, au milieu du sonnet (en conclusion du second quatrain) et en clôt la première partie (le regard du mourant sur lui-même) cependant que la seconde partie sera constituée d’une adresse aux vivants restants.

« la mort » (vers 3) : C’est ce qui est « sans pardon », ce qui « frappe » mortellement. Comme un ennemi donc qu’elle est, la mort. D’ailleurs, elle ne révèle pas,...
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