Pierre et jean

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  • Publié le : 11 avril 2011
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« Peut-on considérer Pierre et Jean comme un vrai roman ? »

Dissertation :
Un notaire annonce à une petite famille tranquille, les Roland, qu’un ami lègue toute sa fortune au fils cadet Jean : c’est par cet événement en apparence anodin que Maupassant lance l’action dans Pierre et Jean. Il situe son récit dans un lieu qu’il connaît bien, celui du port du Havre et de ses bateaux, et à uneépoque qui lui est aussi familière, car il s’agit de la sienne. La lecture de cette histoire à l’intrigue très simple provoquera, chez le lecteur, une série d’interrogations.
Pourquoi une telle fin ? Pourquoi si peu d’action ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’émotions, d’aventure,... bref, Pierre et Jean est-il vraiment un roman ? Doit-on au contraire s’imaginer que Guy de Maupassant, soumis àl’influence des naturalistes, désire faire quelque chose d’original et de différent ? Peut-on alors considérer qu’il y parvient ici ?
Dans un premier temps, nous verrons quels sont les éléments qui nous poussent à considérer cette œuvre comme romanesque. Ensuite, nous tenterons de déterminer ceux qui, au contraire, nous éloignent de cette idée. Enfin, nous pourrons nous interroger sur le succès oul’échec de l’entreprise de Maupassant, et sur notre façon de juger Pierre et Jean, en définitive.

Il est facile de présenter Pierre et Jean comme un roman car tous les éléments traditionnels du roman se retrouvent dans ce livre.
Tout d’abord, nous avons bien un personnage central, un héros, qui est Pierre, le fils aîné. Presque toute l’histoire nous est racontée à travers son regard, regarddésespéré de perdant frustré et incapable de communiquer avec les autres. Il se console de cette incapacité avec la bière de la brasserie, avec la liqueur de groseille de son ami pharmacien, et peut-être avec les faveurs de la serveuse. Ce n’est peut-être pas D’Artagnan, mais il y a bien un héros dans cette histoire…
Ensuite, l’intrigue est pourvue de tous les ressorts nécessaires : l’on y trouve unévénement perturbateur, l’annonce de cet héritage maléfique, puis une suite de péripéties dans lesquelles ce héros part en quête de vérité, cherchant à découvrir si sa mère est vraiment coupable d’adultère, une situation finale dans laquelle le fils cadet triomphe, emportant, avec l’argent, l’amour de Mme Rosémilly, le mariage, le bel appartement convoité par l’aîné, et l’affection de tous...
Lespersonnages nous sont décrits extérieurement, en action, mais aussi intérieurement, dans leurs réflexions : nous partageons les doutes de Pierre, la peur de la mère d’avouer son acte, les élans amoureux de Jean pour la jeune veuve... Nous découvrons aussi bien les paysages marins que les petits tracas domestiques familiaux. Le décor est planté ; les dialogues sont naturels, spontanés, vivants.Description, dialogues, réflexions, intrigue, personnages, les éléments romanesques sont donc bien présents. Pourtant, une impression de manque perturbe le lecteur, et cette insatisfaction subsistera jusqu’au bout de la lecture.

En quoi, alors, Pierre et Jean n’est-il pas un roman, au sens traditionnel du terme ?
La première chose qui peut gêner le lecteur, c’est l’absence de point de vuefixe : le regard du lecteur est soit celui de l’auteur avec le point de vue omniscient, soit celui d’un personnage. Nous partageons surtout les pensées de Pierre, mais parfois celles de son frère ou de sa mère. Il devient ainsi difficile de s’identifier à l’un de ces personnages en particulier : nous restons extérieurs, observateurs. De plus, l’auteur (ou le narrateur) n’hésite pas à nous fairepart de ses propres réflexions - ironiques et cruelles, souvent - à propos de ses personnages. Il n’aime visiblement pas « le Père Roland », comme il est nommé péjorativement, le mari trompé et content de lui... (Maupassant règlerait-il ici des comptes avec son propre père, qui trompait sa mère ? )
De plus, il manque à ce récit une action violente ou définitive : un meurtre, un suicide,...
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