Poesie et emotion

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  • Publié le : 18 mai 2010
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Question 1

Quelle évolution de la condition féminine au siècle des lumières ces textes et documents mettent-ils en évidence ?

Cinq documents sont contenus dans notre corpus. Tous traitent, à leur manière, de la question de l’évolution de la condition féminine au siècle des lumières. En effet, pour la première fois dans l’histoire, en ce siècle, les femmes, ou plutôt certaines femmes,vont accéder aux cercles intellectuels et le regard posé sur elles par les hommes va radicalement changer. On constate cela dès le premier texte, Éloge historique de Madame la Marquise du Chatelet, écrit par Voltaire dans un registre à la limite entre l’épique et le didactique, à propos d’une femme ayant été son grand amour. Sur le document suivant, un portrait de la Marquise de Pompadour parMaurice Quentin de la Tour, celle-ci est représentée à son secrétaire, entourée de livres. Ensuite, l’extrait du rêve de d’Alembert, de Denis Diderot, consiste en un dialogue très didactique entre un médecin et une femme érudite. Le Marquis de Sade, dans ce passage d’un roman libertin, La philosophie dans le boudoir, avec toute son ironie, témoigne d’une manière radicalement nouvelle d’envisager lacondition féminine. Enfin, l’extrait d’une œuvre de Mme de Staël, tiré de De L’Allemagne, argumente dans un registre didactique, sur la puissance fédératrice d’un discours faisant appel aux sentiments ou aux émotions. Nous nous intéresserons donc à ce que nous révèlent ces textes sur la toute nouvelle manière de percevoir les femmes en ce 18e siècle.

Les deux premiers documents peuvent êtreregroupés en ce sens qu’ils sont, l’un et l’autre, des formes d’éloges, en tous cas de représentations positives de «femmes savantes» - sans la connotation négative et ironique que Molière y mettait au siècle précédent (les Femmes Savantes, 1752). Voltaire, tout comme Quentin de la Tour, nous dessinent le portrait de femmes brillantes, érudites, bref en tous points capables de rivaliser avec leshommes sur le chapitre de l’intellect. Après nous avoir décrit la Marquise du Chatelet, grand amour de sa vie, comme un personnage majeur des sciences, en tant que traductrice d’un Newton à la pointe de l’innovation : «on s’étonnait (…) de la rapidité et de la justesse avec laquelle on la voyait faire les comptes et terminer les différends» (Ligne 13). Quant au peintre, on voit qu’il échappe à lareprésentation passée de la gent féminine – presque toujours mis en scène précédemment sans autres éléments que ceux pouvant témoigner de leur beauté ou leur élégance – en ajoutant des éléments affirmant l’activité intellectuelle de «La Pompadour», comme le manuscrit qu’elle tient à la main, les livres posés sur son secrétaire ou encore les œuvres graphiques que l’on peut imaginer présentes dansla pochette posée à ses pieds.
Par ailleurs, on peut aussi regrouper les textes tirés de l’œuvre de Diderot ainsi que celui de Mme de Staël, en ce sens que le philosophe met en scène une femme, Mlle de Lespinasse, lors d’un dialogue d’égal à égal avec un savant, le médecin Bordeu, alors que dans ce passage de De L’Allemagne, Mme de Staël démontre toute sa capacité à réfléchir sur la portéed’un discours empreint de subjectivité, c'est-à-dire quand il fait appel aux émotions. Ainsi, si Mlle de Lespinasse écoute les arguments de l’homme – «J’entends» (ligne 16) -, on voit qu’elle sait rebondir sur ceux-ci et développer elle-même une argumentation : «Toutes ces qualités ne sont que des conséquences du rapport originel…»
Enfin, on peut considérer que le texte cité ici du Marquis deSade, est une sorte de synthèse plus générale témoignant d’un changement radical de la manière de considérer la condition féminine à partir de cette époque. En effet, et c’est là une petite révolution, le sort des femmes, qu’il décrit à Eugénie est enfin considéré comme injuste. «Obligée de jurer à cet homme (…) une obéissance, une fidélité d’autant plus injuste qu’elle a souvent au fond de...
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