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« Ultima Verba ou les silences du tropisme  » Marie Auclair
Protée, vol. 28, n° 2, 2000, p. 79-90.

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ULTIMA VERBA OU LES SILENCES DU TROPISME

ULTIMA VERBA

M ARIE A UCLAIR

Il y avait un grand vide sous cette chaleur, un silence, tout semblait ensuspens ; on entendait seulement, agressif, strident, le grincement d’une chaise traînée sur le carreau, le claquement d’une porte. C’était dans cette chaleur, dans ce silence – un froid soudain, un déchirement. Et elle restait sans bouger sur le bord de son lit, occupant le plus petit espace possible, tendue, comme attendant que quelque chose éclate, s’abatte sur elle dans ce silence menaçant. 1Parle-t-on, écrit-on, vit-on pour faire contrecoup à cette implosion de la chaleur du silence ? Si la parole perdue est toujours envisagée comme faculté potentiellement récupérable, même artificiellement, ne subit-on pas la perte du silence dans le regret d’avoir, un jour, commis la faute de prendre la parole ? Car la parole explose, elle se prend, elle, après avoir été donnée par l’autre pourrompre sa solitude ; le silence, lui, se désire, s’évoque, entre autres dans le geste et le mouvement qui le portent au-dehors comme pour en rendre compte, en signer le lieu. Il est le substrat formel d’un impossible discours : celui d’une solitude dialoguant avec elle-même. Ouvrez aura été la dernière œuvre publiée par Nathalie Sarraute, deux ans avant sa mort. Son point d’arrêt, non pas : Ouvrez enappelle à Tropismes, à L’Ère du soupçon, à Enfance et peut-être encore plus au théâtre. Ultime dialogue de mots de ce cycle perpétuel que constitue l’écriture sarrautienne, Ouvrez, c’est pour moi du théâtre, si le théâtre constitue « la représentation directe et non médiatisée du discours des personnages » 2 ; plus précisément, c’est de la théâtralité scripturaire, c’est-à-dire la mise enreprésentation des lois d’un système spécifique qui consiste en la performance, dans un espace et un temps donnés, d’un élément signifiant en train de devenir visible, en train d’advenir à ce qu’il n’est pas encore. « Je décris ce qui est en train de se faire » 3, dit Sarraute. Cet élément, quel est-il ? D’abord et avant tout c’est le discours, parole en jeu, au sens où elle se donne à voir sur scène –scène de l’écriture –, où elle se manifeste comme substance vivante en train d’advenir comme spectacle. Mais c’est par ailleurs aussi le silence dans et de ce discours. Dans l’œuvre de Nathalie Sarraute, le silence n’occupe en rien la marge scripturaire. Au contraire : il est le substrat même du drame que constitue le

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PROTÉE , AUTOMNE

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tropisme, cette sensationinfinitésimale servant de matrice à la course du signifiant. Je propose donc de m’attarder à cette dialectique du silence et de la forme, en tant que le silence se fait signifiant princeps d’une scène de représentation où se joue l’avènement du mot comme rature du silence. Celui-ci, loin d’être absence de forme, vide formel, instaure la discontinuité dans la représentation, ouvre l’instant pour voir ce...
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