Politique et morale

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  • Publié le : 9 mai 2010
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POLITIQUE ET MORALE

1. La confusion moderne de la morale du politique

Depuis le 18 e (Lumières), la définition du politique est devenue confuse, à cause du mélange avec la morale. On a pris l’habitude de considérer la politique sous les catégories morales du bien et du mal (comme les idées de droit et de justice). C’est une attitude qui passe pour digne alors qu’elle est surtoutparesseuse, puisqu’elle évite l’effort de faire des distinctions. Par commodité, on place tout sous la tutelle de la morale : politique, économie, problèmes sociaux, juridiques, psychologiques…
Mais la morale et la politique n’ont pas le même but. Dans l’Antiquité, Aristote distinguait déjà deux vertus :
- la vertu morale de l’homme de bien, qui vise la perfection individuelle, l’accomplissement de soi,la maîtrise de ses désirs et représentations
- la vertu civique du citoyen, son aptitude à commander et à obéir, à aller dans le sens du salut de la communauté tout entière.
Même si l’on peut souhaiter que l’homme politique soit un homme de bien, il est possible qu’il ne le soit pas tout en étant un homme politique de qualité : « Il est possible d’être un bon citoyen sans posséder la vertu quinous rend homme de bien. » Aristote
De nombreuses idéologies ont fait et font encore croire à une société parfaitement ordonnée ou à une réconciliation complète des hommes entre eux, à une réalisation optimale de la justice, de l’égalité, voire à l’établissement d’un ordre moral parfait (religion chrétienne, philosophie kantienne, nazisme, communisme, altermondialisme). On le voit, l’identificationde la morale et de la politique peuvent conduire à la tyrannie et au totalitarisme :
- combat du bien et du mal,
- diabolisation de l’ennemi,
- programme d’anéantissement de ceux qui s’opposent au bonheur de l’humanité ou du peuple.

2. Autonomie de la loi morale et hétéronomie de la loi politique

La loi morale est autonome, car nous obéissons à une obligation que nous nous sommes imposésà nous-mêmes, même si, comme pour la religion, l’obligation n’est jamais purement individuelle : les croyances religieuses auxquelles nous nous soumettons viennent de la société à laquelle nous appartenons. Mais cette soumission est médiatisée par l’adhésion individuelle qui nous fait sentir que nous sommes librement croyants. La morale, comme la religion, est affaire de soumission librementconsentie.
En revanche, en politique, nous nous soumettons immédiatement à une règle imposée de l’extérieur (Roi, Gouvernement, Etat), avec ou sans notre consentement, même si toute société produit du consentement : toute politique essaye d’obtenir l’adhésion des citoyens : même Staline et Hitler se soucient de persuader. La politique est donc davantage une affaire de contrainte (un peu comme lesnécessités de la nature et les lois scientifiques appelées à tort « lois de la nature ») qu’une affaire d’adhésion libre.

3. Les moyens de la morale et les moyens du politique

Max Weber oppose éthique de la conviction et éthique de la responsabilité :

a)- l’éthique de la conviction
La pure conviction éthique n’est pas une garantie d’efficacité. La sincérité, la générosité, la bonté, peuventcompromettre la réalisation des buts politiques : à cause de la croyance qui croit que seul le bien engendre le bien et le mal seulement le mal, on peut renoncer à lutter contre un pays agresseur (pacifisme intégral). Celui qui n’envisage que sous l’aspect moral la relation entre moyen et fin en politique se condamne à l’inaction et à l’impuissance (la « belle âme » et le « délire de présomption» de Hegel) ou à une perpétuelle contestation verbale. Il refuse abstraitement le monde des hommes et souhaite sa disparition (révolution).

b)- l’éthique de la responsabilité
En politique, la relation du moyen à la fin (« la fin justifie les moyens ») peut se faire avec des recettes, des conseils, des procédés, des techniques : Machiavel distinguait deux problèmes spécifiquement politiques...
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