Politique

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  • Publié le : 1 décembre 2010
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La caractéristique principale du XVIIIème aura été l'Esprit du Siècle. Celui-ci n'aura pas été une doctrine, mais plutôt un ensemble de tendances souvent contradictoires, voire une résultante traduisant une sorte de moyenne de pensée, une pensée qui tourne autour de l'idée d'aspiration à la régénération de la Nation. Cet Esprit est en fait le fruit d'une multitude de penseurs, dont la sourcecommune reste cependant John Locke. Il est en effet animé par une série de maîtres mots qui découlent de l'influence anglaise, de la vision anglaise de l'individualisme : l'individu et ses droits, la raison, la nature, le progrès, et enfin le bonheur.
Toutes ces idées sont étrangères à la France du XVIIème siècle, et traduisent surtout un optimisme illimité envers la nature humaine, optimisme seposant en défi à un certain pessimisme chrétien tel que développé en France par les tenants gallicans de la monarchie de droit divin.
On se trouve avec les Lumières à un point clé de l'affrontement foi/raison qui aura dominé toute l'histoire de l'Europe depuis l'émergence du Christianisme, mais fondée par les philosophes sur la vision erronée d'une foi qui présuppose et d'une raison qui démontre,alors qu'il est fréquent que la foi dépasse la présupposition et que la raison ne démontre rien - comme l'admettait d'ailleurs Diderot lui-même dans sa Lettre aux jeunes gens qui se disposent à l'étude de la nature, dans ce dernier cas à propos de la raison des mathématiciens -.
L'Esprit du Siècle peut s'interpréter comme étant un phénomène de croissance de type quasi-religieux suscité par le combatcontre la monarchie absolue de droit divin et contre l'Église. Ainsi, les philosophes rêvent d'une cité idéale comparable à la cité platonicienne, et c'est dans cet esprit qu'ils développent une doctrine des choses qui doivent nécessairement advenir. L'Esprit du Siècle est donc une eschatologie qui arrive au terme d'un processus inéluctable guidé par des hommes éclairés. C'est Diderot qui écritque son siècle semble être celui de la liberté. Pourtant, le courant de la liberté - contrairement à une idée reçue - aura été minoritaire au XVIIIème siècle, représenté en fait par deux marginaux : Montesquieu et Rousseau.
Ce sont en fait trois courants de pensée qui ont coexisté au XVIIIème siècle : un premier axé sur l'idée de liberté, minoritaire mais plein d'avenir (avec Rousseau pour lequella démocratie est la seule forme d'exercice normal de la souveraineté qu'il voit dans le peuple), un deuxième nostalgique et cherchant à ressourcer le passé (avec Fénelon et Saint-Simon), et enfin un troisième qui cherche à s'adapter au siècle. Ce dernier courant est dualiste; dualiste, car il se traduira à la fois par un courant tant anglais que français, celui de l'utilitarisme qui fonde lapolitique sur une morale conforme à l'utilité tout en fondant le bonheur en celle-ci, et par le despotisme éclairé qui cherche à adapter la monarchie absolue à l'Esprit du Siècle, les deux se confondant le plus souvent, notamment chez Le Mercier de la Rivière.
Ce courant du despotisme éclairé - encore qu'il vaudrait mieux parler d'absolutisme éclairé - a diverses causes, et en particulier la montéede la bourgeoisie qui aura été l'un des faits majeurs de l'époque en Europe occidentale; c'est Barnave qui écrit qu'une nouvelle distribution des richesses entraîne une nouvelle distribution des pouvoirs. Seulement, si cette bourgeoisie est extrêmement puissante - en particulier en Angleterre et en France -, elle reste embryonnaire dans les pays à absolutisme éclairé. Paradoxe ! En Occident, il yaura naissance d'une philosophie bourgeoise homogène, axée sur les thèmes de la liberté, du progrès et de l'homme, arrivant in fine à confondre sa cause avec celle de l'humanité toute entière. La cause de cette bourgeoisie sera défendue par des philosophes bourgeois qui donnèrent le ton à l'Europe, car raisonnant à l'échelle européenne et tentant de mettre en place une République des Lettres dans...
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