Ponge

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"Donnez tout au moins la parole à la minorité de vous-mêmes."
un hommage à Francis Ponge |
 
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Ponge feu follet noir, portrait par Jean Dubuffet | Les paroles sont toutes faites et s'expriment : elles ne m'expriment point. C'est alors qu'enseigner l'art de résister aux paroles devient utile, l'art de ne dire que ce qu'on veut dire, l'art de les violenter et de lessoumettre. Donnez tout au moins la parole à la minorité de vous-mêmes. Soyez poètes. ("Rhétorique", 1935, in "Le Parti pris des choses") ci-dessous, un extrait de "Le Galet" et de "Introduction au galet".
Eric Hoppenot: la Mimesis du mimosa, lexique et création poétique chez Ponge.
François Bon: Ponge feu follet noir - en 1947, Dubuffet peint "Ponge feu follet noir", un texte pour la collectionBeyeler (Lausanne)  |
autres liens Francis Pongeautour des Cahiers de l'Herne, une belle présentation`
« On peut rêver sur un portrait de l'artiste : en jeune arbre, en ultime nouvelle feuille de la Tradition, en révolutionnaire bondissant, en phénoménologue surréaliste, en rationaliste onirique, en rationaliste dialecticien, en préhistorien d'avant-garde, en baroque-et-classique, en précieuxavec simplicité, en naïf encyclopédiste, en chantre subjectif de l'objectivité, en lyrique de l'anti-lyrisme, en protestant, en sensualiste, en agnostique, en polythéiste, en animiste matérialiste, en épicurien de longue date, en existentialiste malgré lui, en communiste solitaire, en activiste paresseux, en Romain, en philologue atteint de logoscopie, en franciscain, en voyeur, ennaturaliste-humaniste, en littérateur, en académicien libertaire, en telquelien des années soixante, en malherbien viril, en disciple foudroyant de Mallarmé-La Fontaine-Horace, en musicien de la peinture, en claudélien athée, et, pourquoi pas, en poète. » le site Francis Ponge de l'équipe de recherche de Jean-Marie Gleize
et sur remue.net, par Jean-Marie Gleize : Chiens noirs de la prose une page sur "Fable", avecune étude de François Almaleh et des extraits audio de Derrida parlant de Pongesur le site de Pierre Campion, hommage à Ponge par Laurent MargantinL'Orange
en version bilingue, sur le site d'une fac américaineencore Jean-Marie Gleize sur Ponge : Qu'est-ce qu'un artiste? |
   Mais au contraire l'eau, qui rend glissant et communique sa qualité de fluide à tout ce qu'elle peut entièrementenrober, arrive parfois à séduire ces formes et à les entraîner. Car le galet se souvient qu'il naquit par l'effort de ce monstre informe sur le monstre également informe de la pierre. Et comme sa personne encore ne peut être achevée qu'à plusieurs reprises par l'application du liquide, elle lui reste à jamais par définition docile. Terne au sol, comme le jour est terne par rapport à la nuit, àl'instant même où l'onde le reprend elle lui donne à luire. Et quoiqu'elle n'agisse pas en profondeur, et ne pénètre qu'à peine le très fin et très serré agglomérat, la très mince quoique très active adhérence du liquide provoque à sa surface une modification sensible. Il semble qu'elle la repolisse, et panse ainsi elle-même les blessures faites par leurs précédentes amours. Alors, pour un moment,l'extérieur du galet ressemble à son intérieur : il a sur tout le corps l'Ïil de la jeunesse. Cependant sa forme à la perfection supporte les deux milieux. Elle reste imperturbable dans le désordre des mers. Il en sort seulement plus petit, mais entier, et, si l'on veut aussi grand, puisque ses proportions ne dépendent aucunement de son volume. Sorti du liquide il sèche aussitôt. C'est-à-dire que malgréles monstrueux efforts auxquels il a été soumis, la trace liquide ne peut demeurer à sa surface : il la dissipe sans aucun effort. Enfin, de jour en jour plus petit mais toujours sûr de sa forme, aveugle, solide et sec dans sa profondeur, son caractère est donc de ne pas se laisser confondre mais plutôt séduire par les eaux. Aussi, lorsque vaincu il est enfin du sable, l'eau n'y pénètre pas...
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