Pourquoi croit-on en dieu

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1971 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 4 juillet 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Pourquoi croit-on en Dieu ?
Jean-François Dortier

Depuis les études pionnières de William James sur la variété des expériences religieuses, un siècle d'études sur la psychologie des mystiques, les effets psychologiques de la prière ou encore les liens entre religion et bien-être tentent d'expliquer les motifs et effets psychologiques des croyances religieuses.

« Par un beau dimanche matin,ma femme et mes garçons partaient pour l'église à Macclesfield. Je me sentais incapable de les accompagner ? comme si quitter notre colline ensoleillée pour descendre en ville eût été un acte de suicide spirituel. Je ressentais en moi un besoin d'inspiration et d'ouverture.

Je laissai donc ma femme et mes enfants et partis me promener sur la colline avec mon chien. (...) Je marchais depuisplus d'une heure, quand je ressentis tout à coup la merveilleuse sensation d'être au paradis. J'éprouvais un profond sentiment de paix, de joie et une intense sérénité, accompagné d'une sensation d'être enveloppé dans un halo de lumière, qui me traversait le corps. »

Pour John Trevor, l'auteur de ces lignes, ce moment de grâce s'apparente à une véritable extase religieuse. Il en fait un despassages clés de son autobiographie, My Quest for God, publiée en 1897.

Ce passage a été reproduit par William James dans The Variety of Religious Experience. Dans ce livre pionnier, le psychologue américain cherche à appréhender la psychologie du croyant. Trois idées phare guident son analyse.

Première idée : la religion est avant tout une expérience et non un dogme. Les Eglises tendent à «routiniser » les croyances religieuses à travers des formes d'expression très codifiées : catéchisme, dogme, rites. Or, selon W. James, l'essence de la religion réside d'abord dans l'expression d'une ferveur personnelle. C'est pourquoi il va s'intéresser particulièrement aux convertis, aux mystiques, aux ascètes, extatiques, et autres « born again » qui expriment une foi ardente et spontanée. Cescroyants n'adhèrent pas à la religion par simple conformisme, ils ont connu une véritable illumination intérieure. Une partie du livre relate des témoignages de convertis. Deuxième idée-force : ces expériences religieuses sont multiples. Pour certains, la ferveur religieuse apporte un réconfort moral, pour d'autres, elle correspond à une expérience mystique, d'autres encore y trouvent des modèles deconduite à travers la vie des saints, pour certains enfin, la religion constitue une véritable thérapie. Les défis personnels étant différents d'un individu à l'autre, les solutions le sont aussi. D'où la variété des expériences religieuses et la diversité des cultes (n'oublions que nous sommes aux Etats-Unis, qui sont marqués par la diversité des religions et des sectes).

Enfin, troisième thèsedéfendue par W. James, les croyances religieuses ne doivent pas être opposées à la science. Les réduire à des illusions ou à des superstitions ne permet pas de comprendre quel rôle leur est dévolu par les croyants. Les croyances religieuses ne se situent pas dans le registre du vrai ou du faux : elles sont d'abord utiles, accompagnant les croyants et les aidant à surmonter les épreuves de la vieLes religions rendent-elles heureux ?

Une des questions que se posait W. James concerne le lien entre religion et bien-être. Pour lui, il ne faisait pas de doute qu'une de ses fonctions majeures est d'apporter paix et sérénité face aux épreuves de la vie. Dans son sillage se sont développées nombre de recherches sur la question de ce lien. Dans l'ensemble, les enquêtes statistiques semblentconfirmer que la religion favorise le bien-être. Par exemple, une grande étude portant sur plus de 160 000 Européens montre que parmi les pratiquants qui vont à la messe toutes les semaines, 85 % se déclarent « très satisfaits » de la vie, alors que ce pourcentage tombe à 77 % parmi ceux qui ne vont jamais à l'église. Comment expliquer ce lien entre bien-être et religion ? Les psychologues avancent...
tracking img