Pourquoi disserter

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  • Publié le : 4 février 2010
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Pourquoi disserter ?

La philosophie n’a pas d’objet, elle est définie par sa méthode. Elle peut s’interroger sur tout, contrairement à toute « science » qui se cantonne à un domaine et aux phénomènes qui s’y rattachent : la biologie ne s’intéresse pas aux faits économiques mais à ceux de la nature. La philosophie, elle, chapeaute toutes les sciences, et c’est en cela qu’elle en est la «princesse » (« la première d’entre toutes » ; plutôt que « la reine »), n’a pas de bornes puisqu’elle peut indistinctement s’interroger sur « qu’est-ce qu’un fait social ? » (en sociologie), « qu’est-ce qui est historique ? » (en histoire), « le vivant » (en biologie) ou « la mathématique est-elle un jeu de l’esprit ? ». Au-delà des sciences, elle est évidemment capable de s’interroger sur « le temps»,« les robots », « le probable », « la fête »… Tout ce qui touche à notre réalité.

Ce foisonnement de questions n’est pas pour autant synonyme de désordre philosophique, bien au contraire. D’abord, malgré l’inexistence d’un objet qui serait particulier à la philosophie, on peut tout de même définir ses différents « thèmes » : l’esthétique, l’éthique, la politique, l’épistémologie et lamétaphysique (la théologie…). Ensuite, pour juguler cette inflation la philosophie fut obligée de mettre au point une méthode radicale pour fonctionner correctement. S’interrogeant sur son but, la philosophie peut répondre : « j’ai un objet, au-delà de ses multiples réalités, ‘‘l’essence des choses’’ ». Ainsi, alors que toute science cherche à expliquer une réalité particulière, la philosophie « déroule » lefonctionnement même de cette explication. Elle définit chaque domaine dans lequel chaque science se trouve ensuite « encerclée ». La science est « enfermée » dans son objet ; ainsi l’économie ne sortira jamais d’une explication économique des phénomènes (le vieillissement, par ex). Là où la philosophie s’élève et contemple cet objet même, car elle seule « pense » et est « objective ».

Pourpouvoir traiter de la multiplicité de ses thèmes, la philosophie doit donc proposer une méthode commune à tous et capable de saisir le seul objet qui la contente, leur essence. Car il s’agit bien de mettre de l’ordre, par une même méthode radicale et transposable à tous ses objets, la dissertation. La dissertation sera donc la méthode de la philosophie pour atteindre l’essence. Toutefois, cetteexplication ne contente que les ouvriers de la philosophie qui sont déjà convaincus du but assigné à leur « métier ». En effet, ce n’est une démonstration valable que si on a envie de « mettre de l’ordre » c’est à dire que l’on accepte comme un consensus la nécessité de « faire de la philosophie ». Or l’élève lambda n’en a cure et voit encore moins, a priori, en quoi la dissertation serait plus adaptéeà la philosophie qu’autre chose de moins difficile à mettre en œuvre (la description, l’argumentation ou, plus fantaisiste encore, le feeling). Car de la contrainte à la nécessité, il n’y a qu’un pas, celui de « l’intérêt philosophique » ; or on sait avec Nietzsche qu’il n’y a que la nécessité, non vécue comme une contrainte (= une exigence contingente et douloureuse), qui permet à la liberté des’exercer. On ne pourra donc donner l’envie de philosopher qu’à condition d’apporter la preuve de la nécessité de disserter. Il faut donc montrer la nécessité d’un traitement philosophique des objets (pourquoi ne se contenter que d’une essence plutôt que d’une simple explication subjective ?) qui dès lors rendra la dissertation plus que nécessaire, indispensable.

L’humanité se pose desquestions. Elle s’en est toujours posée à partir du moment où elle a appris, détachée de la nécessité et de la conservation de soi, à contempler un objet en dehors de toute considération utilitaire. Par exemple, l’homme travaille « pour vivre », jusqu’à un jour pouvoir déléguer cette tâche à des esclaves, et ainsi le contempler extérieurement (dans la Grèce Antique). Alors, et seulement alors, il...
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