Prendre conscience de soi est ce devenir étranger à soi ?

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  • Publié le : 11 décembre 2010
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Dans un livre dérangeant et douloureux, Après, publié à la suite de la Première Guerre mondiale, Erich Maria Remarque raconte le sort de ces très nombreux soldats allemands qui, retrouvant leur pays, après les années de mitrailles, après la défaite, après de longs séjours pour certains dans les hôpitaux, ne furent pas accueillis en héros mais plutôt en responsables de la défaite, découvrirent quela vie avait repris son cours en leur absence, qu'on n'attendait rien d'eux, qu'ils étaient « de trop », que leur longue éclipse et les horreurs vécus avaient creusé un fossé d'incompréhension entre eux et leurs compatriotes, les avaient décalés et rendus comme étrangers au pays qu'ils retrouvaient et qui était pourtant celui où ils étaient nés. Se pourrait-il qu'à l'instar de ces soldats, maissur un plan intérieur, le fait de prendre conscience de soi, de se saisir soi-même, de revenir vers le sujet-source, s'accompagnât de ce sentiment « étrange » qui envahit celui qui, de retour chez lui, n'y reconnaît plus rien, chaque élément ayant changé de place, dissimulant tous les repères qui permettaient de trouver l'équilibre nécessaire à l'existence ? Alors qu'il croyait se connaître,l'homme peut-il ainsi redevenir « un inconnu pour lui-même » (Saint Augustin) ? N'est-il pas paradoxal de penser que l'effort fait pour mieux se connaître puisse conduire à ne plus se reconnaître ? N'est-il pas contradictoire de soutenir que la conscience qui chemine vers plus de lucidité (la prise de conscience) obscurcit, dans ce même mouvement, le sujet qu'elle est ? Cette contradiction ne peut êtresurmontée que dans l'hypothèse où le sujet humain, parce qu'il est en devenir, oppose la conscience qu'il avait de soi (ce qu'il croyait être) au regard qu'il porte aujourd'hui sur lui suite à un solide et honnête travail réflexif. « Non, je ne vous conduirai point dans une terre étrangère ; mais je vous apprendrai peut-être que vous êtes étranger vous-même dans votre propre pays » écrivaitNicolas Malebranche à propos de la connaissance que le sujet a de lui-même. Faut-il alors que la terre natale où s'enracine la conscience soit systématiquement défrichée, labourée, jusqu'à ne plus la reconnaître, pour que les âges de l'intelligence, successivement, s'épanouissent et que l'homme, dévoilé à lui-même, se réconcilie avec son être et soit enfin chez lui ?

I. La conscience primitiveméconnaît l'incertitude et la distance.

A. L'unité primordiale comme confusion et indistinction. Il faudra du temps pour que la conscience mythique se libère du monde. Dans un premier moment, l'homme primitif se sent lié au monde, dépendant de lui, soumis à un ordre qui le dépasse et dont il ne distingue pas les différents plans. Se sentant soumis à une destinée à laquelle il ne peut échapper, ilméconnaît encore les pouvoirs de sa liberté. L'homme est un être du monde et ne peut rien lui ajouter. Pas de fossé ontologique entre l'homme et le Grand Tout. L'homme ne se distingue pas du monde. Rien n'est vraiment étranger à l'homme et certainement pas lui-même.

B. L'opposition objective au monde. L'enfant s'oppose au monde sans se saisir comme source et sujet de cette opposition. Il sesaisit comme objet parmi les objets. La philosophie elle-même tarde à devenir une philosophie du sujet. Elle est, en ses débuts, « objectiviste ». C'est petit à petit que la philosophie découvrira sa méthode propre qui consiste à remonter aux conditions a priori de possibilité de tout acte en tant que tel (Descartes, et Kant surtout).

C. L'homme, étranger au monde. La prise de conscience del'homme le conduit d'abord à se distinguer du monde et des phénomènes. Ainsi, par le mythe, il commence à ordonner le monde, à lui donner du sens. Lui qui était jouet de l'univers parvient ainsi à se distinguer de lui, prenant conscience obscurément de sa transcendance. La première conscience est ainsi coïncidence à soi et ne connaît pas la félure. Pas de distanciation avec soi-même. Si l'homme se...
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