Profession producteur

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1807 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 juin 2012
Lire le document complet
Aperçu du document
PROFESSION : PRODUCTEUR

Bob Oré Abitbol

Je devais avoir entre dix et onze ans lorsque je reçu de mon très cher père qui l’avait acheté à vil prix à une vente aux enchères, un projecteur de films à manivelle dernier cri : Une super affaire!

Nous vivions encore à la Rue Lusitania, à Casablanca, rue et quartier mythiques alors et qui le sont restés jusqu'aujourd’hui.

Comme je rêvaisdepuis ma plus tendre enfance de faire du cinéma, quels que soient le rôle ou la fonction, ce cadeau prodigieux venait confirmer ma vocation, affirmer mes plus folles ambitions et me promu instantanément au titre noble et ronflant de « producteur ».

Dès la semaine suivante, je m’installais chez l’un de mes voisins, Lolo Lévy, les gentils parents Ito et Baba sidi Lévy se prêtant au jeu.J’étalais un grand drap blanc sur le mur du salon arabe au sous -sol, me procurais quelques films de l’incontournable et inénarrable Charlot puis fit le tour du quartier pour promouvoir ma nouvelle « salle de Ciné » et « mon dernier film ».
Tous les gosses du quartier, en mal de divertissement, la télévision n’étant qu’à ses balbutiements,  accoururent.
Contre quelques francs, un crayon a peine entamé,une gomme pratiquement neuve, je laissais entrer dans « ce sanctuaire » mes nouveaux spectateurs.

Aussitôt la salle pleine, nous ne démarrions pas sans cela, la lumière s’éteignait et accompagné du bruit mécanique de l’appareil,   la projection pouvait commençait.

Dès l’apparition de Charlot, les rires fusaient, clairs et répétés comme des cascades.

Il fallait voir le visage de tous cespetits garçons et de toutes ces petites filles, les yeux brillants, hilares, les cheveux à la diable, se tenant par la main ou par les épaules comme pour mieux partager, dans une communion parfaite, ces moments de joie pure.

Il me semblait que c’était moi qui les faisais rire, moi le catalyseur de toutes leurs émotions, moi qu’ils remerciaient de leur procurer ces moments de douce félicité.Très vite la renommée de « mon complexe cinématographique » fit le tour du quartier et le déborda même.

On venait de partout, de la rue Lacepède bien sûr, notre rue voisine mais aussi de la place de Verdun, de la  rue Verlet Anus, du Bd Gouraud, de la Rue des Anglais et même Jacques De Gouveia , mon meilleur ami, venait exprès du lointain, huppé et snob Boulevard d’Anfa.

Le succès était telqu’il me fallait certains jours faire plusieurs séances, « permanent » étant interdit, pour satisfaire à la demande.

Certains VIP entraient sans payer, surtout les gosses de riches, compliment du producteur. Comme quoi ce sont toujours les riches qui profitent !


Parmi ma nombreuse et fidèle clientèle se trouvait un grand escogriffe du nom d’André Charbit, un grand garçon de 14-15 ans, cheveuxcoupés court à la brosse, les yeux rétrécis par le port de lunette avec des verres comme des fonds de bouteille, portant des culottes courtes et des bretelles malgré son âge avancé.

C’est lui qui sollicita une entrevue pour « une proposition d’affaire » me fit-il dire.

Je le reçus dans mon bureau privé c’est à dire sur les escaliers de l’immeuble de chez nous.

Sa proposition étaitsimple : Il me rachetait mon fond de commerce composé de mon appareil à manivelle, les quelques films 8mm qui constituaient ma collection, et le droit d’asile dans la salle de projection dans le sous-sol des Lévy pour la somme faramineuse de 15 mille francs, presque 30 dollars de l’époque.

J’acquiesçais !

Avec cet argent, pensais-je,  je pourrais m’acheter un appareil plus sophistiqué, modernisermes installations, diversifier le choix de mes films , élargir et fidéliser ainsi ma future clientèle.

Je me voyais déjà en concurrent direct de la « Metro Goldwin Mayer » que j’admirais et dont son magnifique lion rugissant et le fameux logo ornaient le fronton d’un immeuble proche du Bd de la Gare plus tard connue sous le nom de Bd Mohamed V, en face des Galeries Lafayette « Lanoma »...
tracking img