Prostitution ch romande

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 22 (5279 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Prostitution en Suisse romande
La peur des filières de l'est

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 03.02.2010 à 16:10


La crise frappe le marché de la prostitution comme les autres. Moins de clients, moins d’argent, donc plus de précarité. Les tarifs chutent. En Suisse romande, les policiers sont aux aguets. Si la prostitution est légale, la naissance de filières demeure difficile àcontrôler. L'infiltration possible de Hongroises, de Roumaines ou de Bulgares, venues seules ou sous la coupe de réseaux, inquiète les autorités.

Il y a de la buée sur les vitres. La voiture des inspecteurs roule lentement dans le froid de décembre. On voudrait dire qu’elle est banalisée, mais elle l’est à peine. La nuit, dans Lausanne, le gris terriblement triste de Sébeillon. Les filles de larue savent, observent vite, reconnaissent. Parfois, dès le deuxième passage, elles ne sont plus là. Embarquées par un client, peutêtre, ou juste évaporées pour un moment: l’appréhension d’avoir affaire aux flics. Images fameusement banales, depuis des années. Des autos tournent, des phares éblouissants cherchent, ralentissent, repartent, recommencent, venant d’un peu partout: Vaud, mais aussiFribourg, Genève, France voisine.

Dans le petit break foncé, ils sont deux. Ils ressemblent à ces gars dans les séries télé. Ils ont la quarantaine. L’un est grand, mince, athlétique, jean et blouson d’hiver. L’autre, au volant, porte une parka. Ils sont la Cellule investigation prostitution (Cipro) de la Police cantonale vaudoise. Ils font un travail rude et difficile. Rude parce que c’est commeça. Cette drôle de tension de la nuit, les filles qu’on dit bêtement de joie dans un territoire du mensonge: tout le monde ment, au moins un peu, dans le milieu de la prostitution, tout le monde se protège. «Il faut sans cesse recouper les informations, se méfier», dit l’un des inspecteurs, «les gens se dénoncent parmi. Aux questions, ils répondent en pointant du doigt celle ou celui d’à côté: tuferais mieux d’enquêter par là.»

Un travail difficile aussi. Depuis l’entrée en vigueur de la loi cantonale sur l’exercice de la prostitution, en 2004 (lire encadré en page 18), la donne est assez simple pour ces policiers. La législation suisse, depuis 1992, part du principe que la prostitution est légale du moment qu’elle est consentie librement par celle ou celui qui l’exerce. Il faut qu’il yait «contrainte» de la part d’un tiers pour qu’il y ait répression. A Berne, s’est tenu ce lundi une conférence intercantonale, regroupant les Suisses alémaniques notamment (en retard sur le plan législatif), avec une proposition destinée à légaliser les prostituées clandestines, qui peuvent en être plus facilement victimes.

Mais pour le moment, le travail policier consiste principalement àdébusquer la contrainte éventuelle, et à tenter de protéger les filles des réseaux ou proxénètes avérés. La situation s’est sérieusement compliquée avec l’ouverture des frontières aux Européennes avec l’entrée en vigueur des Accords de Schengen. Les inspecteurs font ainsi de patientes manœuvres d’approche: gagner la confiance, faire comprendre aux prostituées qu’ils ne sont pas là pour les embêter,mais pour les aider en cas de besoin.

Bulgares, Hongroises, Roumaines… Dans la rue, un peu plus loin, il y a une fille sud-américaine qui attend le client. Talons aiguilles sur la neige. Ils la connaissent depuis pas mal de temps. Ils lui ont permis autrefois de se débarrasser d’un souteneur un peu oppressant. Depuis elle s’est «régularisée», a épousé un Suisse. Ils ont entendu des choses étrangeset inquiétantes depuis quelques semaines, les inspecteurs. Dans un territoire jusque-là stable et «tenu» traditionnellement par les Brésiliennes (40% du marché vaudois, selon la police), les Africaines et quelques Suissesses, il y a des histoires inédites venues de l’Est. Un arrivage de Bulgares, en novembre. Et puis des Honhiégroises, des Tsiganes, venues par des réseaux à la réputation...
tracking img