Psychanalyse et politique

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  • Publié le : 4 avril 2010
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 Des états généraux de la psychanalyse et du rapport de la psychanalyse au social et au politique. (1998)

1. Des «Etats généraux de la psychanalyse» sont une gageure quand on sait que les institutions, les groupes et les personnes qui se réclament de la psychanalyse à travers le monde sont profondément divisés. Nos «Etats généraux» ne peuvent donc être tels, faute d’être constitués par desdélégués élus des psychanalystes du monde entier au prorata de l’importance de leurs groupes. Mais cette importance serait déjà difficile à mesurer et il y a de nombreux praticiens indépendants.
Loin que le pouvoir au sein des institutions repose principalement sur le manque de résolution des transferts des analysés, il repose d’abord, comme ailleurs, sur l’économie au sens financier du terme: ilfaut être aisé, voire riche, pour se dégager de son travail psychanalytique afin de participer à toutes les réunions où se prennent les décisions concernant la vie d’une institution. Les relations affectives, positives et négatives, sexuelles et sentimentales, familiales, amicales et professionnelles jouent un rôle d’autant plus grand que le groupe est plus restreint. Les échanges d’idées neviennent qu’en position tierce dans des congrès de psychanalyse habituellement marqués par une distribution hiérarchique de l’ordre et de la durée du temps de parole.
Il est remarquable qu’il existe de nombreux travaux psychanalytiques sur les groupes et des psychothérapies analytiques de groupe mais que la plupart des institutions analytiques répugnent à se soumettre elles-mêmes à l’analyse degroupe qui n’intéresse en général qu’ une minorité de leurs membres.
2. Le rapport de la psychanalyse au social et au politique est d’abord à interroger à l’intérieur de la psychanalyse au cours de son histoire.
La bataille entre les savoirs antérieurs, les religions , les idéologies et la découverte de la psychanalyse se déroule d’abord à l’intérieur de Freud. Maria Torok seule, puis encollaboration avec Nicholas Rand, a éclairé une partie des contradictions de Freud concernant le rôle des expériences de vie , en particulier celui des traumatismes par rapport à celui des fantasmes dans la vie psychique d’un chacun.
De l’intérieur du travail psychanalytique, Nicolas Abraham et Maria Torok ont réduit la place des complexes universels, revu le complexe d’Oedipe et congédié le complexede castration.
En considérant la vie et l’oeuvre de Freud, on est frappé par le contraste entre son athéisme et son anticléricalisme jusqu’à la fin de sa vie et son adhésion à son complexe de castration. En effet, Lacan et d’autres analystes de la mouvance lacanienne ont bien perçu que la notion de castration supposait implicitement qu’il existe au moins un être non castré. Comme tous lesêtres vivants ont des possibilités et une existence limitées, les humains ne peuvent s’estimer «castrés» imaginairement, symboli-quement, voire réellement que par rapport à l’insistance dans leur esprit de la notion d’un Dieu (ou de dieux) qui échapperait à toutes ces limitations. La religion congédiée par la porte revient par la fenêtre au moins sous la forme d’une théologie négative.
Le génie deFreud lui permettait d’aller de l’avant sans se soucier de ses contradictions comme le montrent encore à la fin de son oeuvre des passages remarquables de son «homme Moïse et le monothéisme» tandis que beaucoup de psychanalystes des deux générations suivantes, sous prétexte de préserver l’héritage freudien, se sont constitués en sectes avec un credo, pas question de se faire une place convenableen leur sein sans confesser ce credo. Paradoxalement, la castration, quoique diversement conçue, fait partie du credo des élèves de Lacan comme de ceux des écoles françaises rattachées à l’Association Internationale de Psychanalyse. L’inflation de la théorie de la castration constituée en mythe, réaffirmée rituellement , permet d’affirmer la misère commune de l’humanité tout en gardant refoulé...
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