Psychose infantile

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 17 (4033 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 24 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
VERONIQUE MARIAGE

D’un travail clinique en institution avec un enfant psychotique*

Dans cet article, je présente l’élaboration d’un travail clinique réalisé au Courtil avec un enfant psychotique. Ce n’est pas une cure analytique mais le résultat d’une pratique en institution soutenue par des repères psychanalytiques lacaniens. Je rends compte de trois années de travail dans la viequotidienne, les activités d’«ateliers» et les loisirs de l’enfant. Damien a neuf ans quand il arrive au Courtil, il en a douze lors de la rédaction de cet écrit. Dans une première partie, je précise ce qui fonde pour cet enfant un diagnostic de psychose; dans une deuxième, je développe le travail réalisé avec lui dans l’institution. Un cas de psychose La forclusion du Nom-du-Père ne se voit pas à l’oeilnu, elle se déduit de phénomènes qui en sont l’effet. Ainsi peut-on repérer chez Damien une série de conséquences de l’échec de la métaphore paternelle. Le traitement du signifiant La position de Damien par rapport au signifiant se manifeste dans une série de troubles du langage. Lorsqu’il parle, il bégaye, achoppe sur les mots et construit difficilement des phrases. Les mots sont découpés ensyllabes, répétées et enchaînées en désordre. Par exemple « moi, j’aime maman », devient « Ma ma j’aime moi mama moi man j’aime... »; la phrase ne s’arrête que parce que Damien est à bout de souffle. Certains mots,
* Cet article est la reécriture d’un travail présenté à la Section clinique du Département de psychanalyse de l’Université de Paris VIII, à Paris en 1988, en vue de l’obtention de l’«attestation d’études cliniques »

2

VERONIQUE MARIAGE

incompréhensibles, sont des rassemblements de plusieurs mots, par exemple «hippopo-coupé-tame». Ils ne font pas sens pour Damien, qui est d’ailleurs incapable de les répéter. Son rapport à la signification est particulier. Il confond des mots tels que mort - mord, tête - tète, lui - Louis, etc. Il opère deux types de renvoi d’un signifiantà un autre, qui dans aucun cas ne représentent le sujet. La première forme de renvoi est dans l’opposition logique grand - petit, méchant - gentil, etc. Le signifiant renvoie à son opposé sans produire de signification. Par contre, cette opération le divise en deux parties. Sa main gauche et sa main droite sont des personnages qui incarnent un bon côté et un côté méchant, un grand et un petit, unfort et un faible. Damien est divisé par l’opposition signifiante et non représenté. Il n’est donc pas divisé au sens de $, mais pétrifié dans l’opposition signifiante, massivement identifié. La seconde forme de renvoi d’un signifiant à un autre se fait par contiguïté : dévoration, incorporation, éventration, division, reconstruction, dévoration, etc. Ces séries de signifiants se bouclent entreelles, tournent en rond. Le passage d’un terme à un autre ne produit pas de signification, ne représente pas le sujet. Il est la dévoration, l’incorporation, etc. La forclusion du signifiant du Nom-du-Père produit pour lui une pluralisation de signifiants maîtres, un essaim de S1 sans S2 et donc sans aphanisis du sujet. La dissolution imaginaire Cette position particulière par rapport au signifiant apour corrélat une dissociation imaginaire : « régression topique au stade du miroir », dit Lacan (1) Celle-ci se manifeste par des dédoublements du moi. Par exemple quand il dessine un bonhomme, un second apparaît dans le premier. Il se reconnaît comme double: « c’est moi et Damien, le bon et le méchant ». D’autres fois, de chaque main du bonhomme surgit un ou même plusieurs personnages. Notonsencore que de son image dans le miroir, il dit : « deux Damiens ». Cette dissociation se retrouve dans ses rapports avec ses semblables, particulièrement avec les enfants de même taille que lui. Il veut se mettre à leur place, se colle à eux ou reprend massivement leurs traits. Quand il joue avec d’autres et qu’ils apparaissent les plus forts, ils deviennent alors agresseurs, persécuteurs....
tracking img