Public du festival d'avignon

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Manuscrit auteur, publié dans "Le(s) public(s) de la culture (2003) 180 - 195"

La forme Festival à l’œuvre :
Avignon, ou l’invention d’un “ public médiateur ”
par Emmanuel ETHIS1

“ Quand on ne voit pas ce qu’on ne voit pas, on ne voit même pas qu’on ne le voit pas ” Paul Veyne

PROLOGUE
Cela commence par une courte anecdote qu’il me faut restituer à la première personnehalshs-00007248, version 2 - 16 Dec 2005

du singulier : lorsqu’en 1995, le Département des Études et de la Prospective du Ministère de la Culture confia à notre équipe le soin de réaliser une vaste étude sur le public du Festival de théâtre d’Avignon2, je me rendis au meilleur endroit qui soit pour faire un état des lieux sur la question, c’est-à-dire au huit de la rue de Mons, juste derrière la place del’Horloge, à la Maison Jean Vilar. Là, sur le rayonnage consacré aux publics, entre la Sociologie du théâtre de Duvignaud et les Utopies nécessaires de Paul Puaux, on peut trouver un minuscule, mais ô combien précieux ouvrage, la première étude sur le public du Festival, en trente pages, très simplement et justement intitulée : “ Le public du Festival d’Avignon 1967 ”. Découvrant de nombreuses pagescollées les unes aux autres, mon premier élan de joie est très vite tempéré par la fastidieuse tâche de séparer ces pages entre elles sans les abimer ; je me dis, qu’au fond, ces études empiriques de public n’intéressent finalement pas grand monde, et que nous autres, sociologues, sommes sans doute les seuls lecteurs qui trouvent un quelconque intérêt manipuler ces très vieilles études aux chiffresobsolètes. Rétrospection sinistre et momentanée sur ma propre curiosité. Je me re-motive pour décoller les dernières pages
Directeur du Département des Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Je voudrais remercier ici ceux qui m’ont inspiré et encouragé à poursuivre ma réflexion sur le Festival et ses publics afin de mettre en évidencecette notion de “ public médiateur ” : Damien Malinas, JeanLouis Fabiani, Samuel Perche, Olivier Py et Jacqueline Boucherat. Je tiens à dédier ce texte à Christiane Bourbonnaud, co-directrice du Festival d’Avignon pendant près de 28 ans dans un rôle discret et fondamental, moins médiatique que ne l’est celui des directeurs artistiques qu’elle a accompagné dans l’ombre, mais essentiel à la viereconduite d’une manifestation théâtrale qui a, avec elle, trouvé l’une de ses plus belles “ servantes ”. 2 Cette enquête a été publiée sous la forme d’un ouvrage collectif : Avignon, le public réinventé. Le Festival sous le regard des sciences sociales, Sous la direction d’Emmanuel ETHIS, Paris, Département des Études et de la Prospective, La Documentation Française, 2002.
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La forme festival àl’œuvre : Avignon ou l’invention d’un “ public médiateur ” - 2

sur la provenance géographique des spectateurs. Et là, entre les ultimes feuillets encollés, je découvre un petit papier plié en deux. Instant suspendu et merveilleux où l’on a l’étrange sensation de faire une découverte archéologique qui vient récompenser la patience nécessaire au “ décollage ” méticuleux, j’ouvre le papier. Celui-ciporte une sorte de titre griphoné à l’encre mauve “ pense-bête à reporter ” ; l’écriture qui suit, appuyée et en même temps détachée, ressemble étrangement à celle de Vilar. Quelques phrases s’enchaînent : “ le public est capable de tout, capable de siffler un chef-d’œuvre et d’acclamer une stupidité… et le lendemain de goûter la chose la plus fine, la plus subtile du monde ! Pourquoi ? parce quec’est un être humain ! Un être humain qui aurait toutes les qualités et tous les défauts de la race humaine. Les gens de théâtre qui croient le connaître ne connaissent que ses défauts et ils les
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flattent… Il faut violer le public… Nous allons y arriver ! ”… Au bas du papier, entre parenthèses, une date : 1921. On se prête à rêver. Et si c’était la...
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