Puis je penser ce que je veux?

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 15 (3733 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 25 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Puis-je penser ce que je veux ?

Dans notre société actuelle, démocratique et occidentale, on a tendance à valoriser notre capacité et notre liberté de penser. Un adolescent, par exemple, croit être libre de s’habiller, de se comporter, et de penser de façon indépendante ; un syndicaliste est libre de ses opinions même s’il n’arrive pas à les faire entendre. Ainsi, chacun est persuadéde penser ce qu’il veut ; mais n’est ce pas une illusion ? Cette question,  « puis-je penser ce que je veux ? », basée sur des termes apparemment simples, utilisés de façon courante dans la vie quotidienne (je peux, je pense, je veux) est en réalité plus complexe qu’elle ne parait. Elle induit une interrogation fondamentale : sommes-nous maitres de notre volonté et de nos pensées ; jusqu’où s’étendla liberté de notre conscience ?
Ces questionnements touchent d’une part à la définition de notre essence humaine, caractérisée par nos désirs et notre conscience, mais aussi à la notion de liberté individuelle et collective. Tout d’abord, quelle relation y a-t-il entre pensée et sujet ? Par ailleurs, ce sujet pensant est il isolé d’autrui ? Plus généralement, sa liberté de penserest-elle façonnée par la vie en société ? Enfin, n’est ce pas au plus profond de lui-même que le sujet pensant rencontre les limites de la maitrise de sa conscience ?

En premier lieu, il parait primordial de s’interroger sur la signification du verbe penser. L’étymologie latine du mot nous indique en premier lieu qu’il s’agit de l’action de peser, de soupeser (« penso »). Cette image concrèteimplique donc que penser serait une activité volontaire de l’esprit, consciente. Mais alors, comment peut on être sur que cette activité est personnelle, intrinsèque au sujet? Est-il possible de « penser ce que je veux » ? Cela suppose la maitrise parfaite de ses réflexions et de ses désirs personnels, une pleine connaissance de soi même. Le sujet et sa conscience sont-ils intimement liés?

Ausens large, penser est l’exercice d’une activité de l’esprit, ou pour Descartes, de « toutes les opérations de la volonté, de l’entendement, de l’imagination et des sens » (Réponses aux deuxièmes objections).
Il parait évident qu’on ne peut  penser autre chose que nos propres pensées, puisque c’est une notion qui se constitue par des éléments, des perceptions, des ressentis tout à fait personnels.En effet, je n’ai jamais des réflexions strictement identiques à celles de ma voisine, et vice versa. L’unicité de chaque être humain, génétiquement ou psychologiquement, est la preuve de nos divergences, et par conséquent, de l’affirmation de nos pensées et volontés propres.
Ces affirmations qui découlent de notre quotidien trouvent écho dans les théories descartiennes. En posant la réalité dela « substance pensante » dans le Discours de la méthode, Descartes affirme la souveraineté de l’esprit sur l’ensemble de ses productions et identifie la pensée à la conscience.
A travers une démonstration logique et complète, Descartes met en doute les données sensibles, rejette les vérités apparemment établies, pour ne retenir qu’une certitude inébranlable : « cogito, ergo sum ».
Si Descartesest arrivé à cette conclusion qui a révolutionné la philosophie du 17eme siècle, n’est-ce pas un exemple indubitable de l’expression d’une pensée volontaire et personnelle ?
Il crée une philosophie centrée sur l’homme, où c’est la conscience qui nous constitue. Le sujet, la conscience et la pensée sont confondus. Cette affirmation de simultanéité implique une connaissance de soi. Je ne peux paspenser, exister, me déterminer, agir, sans que ce soit moi qui effectue ces actions. Penser ce que je veux serait presque un pléonasme puisque c’est moi qui détermine mes désirs et donc ce que je pense correspond forcément à ce que je veux.
Ainsi, le sujet descartien issu du cogito est un être qui pense, qui se pense lui-même, qui est capable de dire « je », de s’interroger sur lui-même et le...
tracking img