Qu'est ce qu'une oeuvre d'art ?

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  • Publié le : 23 février 2010
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Dans l'art classique, où l'œuvre est détournée de toute utilité, dans laquelle l'art est sa propre fin, l'opposition est nette entre l'œuvre d'art et les objets techniques. Aussi l'art classique se reconnaît à des œuvres, qui sont comme des monuments de l'esprit humain. Nous allons dans les musées admirer des œuvres d'art et il nous semble alors, qu'à côté des chefs d'œuvres, placés bien audessus des objets ordinaires. L'art de Léonard de Vinci, la peinture de Raphaël, la sculpture de Rodin méritent de figurer sur un piédestal au dessus de l'ordinaire des objets techniques. De même, entre un tableau unique et une reproduction de supermarché, il y a la distance entre une œuvre d'art et un produit de consommation, distance que nous ne pouvons pas abolir. Ni renier.

Cependant, l'artcontemporain a su brouiller tous les repères. Entre l'égouttoir de ma cuisine et l'égouttoir placé dans un musée où est la différence? Entre ma poubelle dans la rue et la même poubelle arrosée de peinture dans un musée où est la différence?

L'art contemporain surprend dans sa créativité, mais aussi par l'audace qu'il déploie à vouloir élever au rang d'art n'importe quel objet, n'importequelle forme, n'importe quel bruit. S'agit-il de faire tomber l'oeuvre d'art de son piédestal ou de décréter que n'importe quoi peut-être de l'art? Comment peut-on dès lors définir l'œuvre d'art, si rien ne la distingue d'un objet quelconque? Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ?

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A. L'œuvre et l'idéal

Dans la Critique de la Faculté de juger Kant propose une définition classique del'œuvre d'art , à partir de l’activité créatrice qui le manifeste. L’art est humain et non pas un produit de la Nature. Si la Nature produit des effets, elle ne crée pas des œuvres. L’œuvre d’art suppose une liberté créatrice qui excède la fécondité naturelle. L’artiste crée en vertu d’un libre-arbitre, qui n’est pas la nécessité naturelle. Or, à ce libre-arbitre proprement humain est attaché l’usage dela raison et la capacité de donner une forme rationnelle à une création. Ainsi, pour Kant, « on se plaît à nommer une œuvre d’art le produit des abeilles (les gâteaux de cire régulièrement construits) mais ce n’est qu’en raison d’une analogie avec l’art, en effet dès que l’on songe que les abeilles ne fondent leur travail sur aucune réflexion proprement rationnelle, on déclare aussitôt qu’ils’agit d’un produit de leur nature (de l’instinct), et c’est seulement à leur créateur qu’on l’attribue en tant qu’art ». L’abeille produit une structure très bien faite, mais elle ne fait pas par réflexion, elle fait sans penser ce qu’elle fait et elle ne peut pas faire autre chose, car il est tout simplement dans sa nature de produire les éléments de la ruche. C’est donc seulement dit Kant paranalogie que nous verrons dans les ouvrages naturels de l’animal de l’art, parce que nous ne pouvons pas nous empêcher de les penser à l’image des créations humaines. Cette analogie relèverait ainsi d’un anthropomorphisme spontané, ce qui est une forme commune d'erreur.

Il y cependant dans ce texte deux points surprenants : 1) Kant met la raison à l’origine de la création artistique. Cela seconçoit très bien dans le champ de la technique ; après tout, une invention comme la lampe halogène est un produit de nos connaissances scientifiques de la combustion et de l’électricité. Mais ce mode d’analyse convient-il à l’art ? L’œuvre d’art est-elle une élaboration de la raison ? 2) « c’est seulement à leur créateur qu’on l’attribue en tant qu’art » : Kant dit clairement que la Nature qui œuvre àtravers l’abeille peut seule être désignée comme artiste, car en elle se rencontre l’intelligence créatrice que l’abeille déploie. Si cette intelligence créatrice était consciente, nul doute que l’on pourrait de ce point de vue voir dans la Nature un artiste de génie et dont les œuvres sont innombrables. Cela serait possible, sans nul doute, dans une interprétation finaliste de la Nature,...
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