Qu'est ce qui donne a une interpretation sa pertinence?

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  • Publié le : 5 janvier 2010
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L’interprétation
Traditionnellement, l’art de l’interprétation était appliqué à la recherche du sens des Écritures sacrées. Dans toutes les religions il est admis que le premier degré de lecture des textes est insuffisant et qu’il faut aller au-delà pour déchiffrer son sens secret. Mais dans le monde contemporain, le mot interprétation prend un sens beaucoup plus vague et il recouvreun champ très étendu. On peut interpréter toutes sortes d’objets : on dit d’un pianiste en concert, qu’il a donné une interprétation magistrale de la Tempête de Beethoven. On dit d’un juge confronté à un cas difficile qu’il doit interpréter un texte de loi. On disait de l’oracle qu’il interprétait les signes, comme en Grèce les cris de la Pythie à Delphes, ou à Rome les entrailles des animauxsacrifiés. Dans l’astrologie, on interprète la position des planètes. Pour le médium on peut interpréter les cartes du tarot ou les lignes de la main, les nombres etc. La psychanalyse freudienne n’est pas en reste, puisqu’elle propose aussi une méthode d’interprétation qui porte sur le rêve. De même, il est possible de se livrer à une interprétation d’un poème, d’un conte.

Le champ del’interprétation est donc très vaste. Il est possible que le même objet reçoive plusieurs interprétations différentes. En comparaison, l’explication scientifique parait plus carrée, elle est avérée ou pas, et c’est tout. Une interprétation ne se distingue d’une autre que par sa pertinence, mais sans la chasser pour autant. La question se pose donc de savoir s’il peut y avoir en matière d’interprétation unequelconque rigueur. Sommes-nous, dans le domaine de l’interprétation, livrés à l’arbitraire ? Qu’est-ce qu’une erreur d’interprétation ? Comment distinguer une bonne interprétation d’une mauvaise ? Pour répondre à ces questions, il est indispensable de préciser quel est le statut de l’interprétation. Qu’est-ce qui donne à une interprétation sa pertinence ?

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A. L’objet de l’interprétationToute interprétation est interprétation de quelque chose, comme toute conscience est conscience de quelque chose. Quel est donc l’objet sur lequel peut porter une interprétation ?

1) La signalétique dispose sur les routes des signaux. Un signal doit le plus possible convoquer le réflexe et le moins possible la réflexion. Il est important que l’automobiliste ne prenne pas un temps troplong pour interpréter, mais réagisse rapidement. Un signal, dans l’idéal, ne doit pas avoir besoin d’être interprété, par contre un signe oui. Au signal est attaché un comportement, au signe est attaché un sens. Ce que nous interprétons, c’est tout objet qui peut être considéré comme un signe doué de sens. Mais ce n’est pas tout, puisque certains signes tels que les signes mathématiques, ne fontpas non plus l’objet d’une interprétation. Un signe mathématique est en effet univoque, or ce qui est interprété, c’est au contraire ce qui est équivoque. Nous interprétons là où il y a une ambiguïté ou une obscurité, et non pas là où une idée présentée dans un signe est claire et distincte. (texte) Je peux interpréter un geste de la main en me demandant si c’est un geste amoureux ou un gesteindifférent. Je ne vais pas interpréter l’ordre de l’agent de police m’intimant de passer sur la droite, au lieu de continuer tout droit Il y a une ambiguïté dans le geste de mon amie, il n’y a pas d’ambiguïté dans le geste de l’agent. L’intention qui traverse l’interprétation, c’est de parvenir à tracer une route droite dans un domaine assez confus, dans une équivocité première, pour aller vers unerelative univocité, afin de faire disparaître ambiguïté et l’obscurité. S’il y avait évidence, je n’interprèterait pas. Si j’interprète, c’est pour ensuite ne plus avoir besoin d’interpréter. De même, tant que je reste dans la seule observation d’un fait, sans jugement, je n’interprète pas non plus.

L'observation dit : "alors?"... « Je l’ai vu par terre, allongé sur un carton, ivre...
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