Que peut-on reprocher a l'inconscient

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1544 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 15 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Qui n’a entendu concernant un autre ou lui-même ce reproche : « inconscient ! ». Que peut-on donc reprocher à celui qui est inconscient ?

Il est contradictoire de reprocher à quelqu’un d’être dans les conditions requises pour ne pas être responsable de ses actes. Pour que le reproche ait un sens, l’inconscient doit être responsable de son état d’inconscience donc être conscient, ce qui semblecontradictoire.

Cependant, l’inconscience qui est l’état de celui qui est inconscient pourrait être invoquée pour rejeter toute responsabilité. Un alcoolique qui a tué en voiture quelqu’un peut-il s’excuser auprès du juge en prétendant qu’il avait trop bu ? C’est manifestement absurde.

Dès lors, on peut se demander si ce qu’on reproche à l’inconscient c’est d’être l’auteur de son état oubien si c’est d’être la cause de l’acte ou bien si c’est d’être de mauvaise foi.



L’inconscient, c’est celui qui est en état d’inconscience. Or, il est difficile de reprocher quoi que ce soit à quelqu’un d’endormi, d’évanoui ou dans le coma puisqu’il ne fait rien. On peut lui reprocher son état si son état est son fait. En général, on reproche à l’inconscient de ne pas avoir réfléchi. Or,pour être sujet de reproche il faut avoir agi volontairement. Celui qui est inconscient a agi involontairement. Or pénalement, on peut accuser quelqu’un d’homicide involontaire. Pourquoi ?

La réflexion exige du sujet qu’il décide de réfléchir. C’est pour cela qu’on peut avec Alain dans ses Définitions soutenir que la réflexion qui fait l’essence de la conscience est toujours implicitementmorale. Être conscient, c’est s’interroger sur soi-même, sur ce qu’on veut faire. Dès lors l’imprudence, l’inattention, le manquement à des règles de sécurité prescrites sont une faute non seulement juridique, mais également morale, lorsque c’est le sujet lui-même qui choisit de passer outre. Soit il se met volontairement en état de ne pas agir consciemment comme dans l’ivresse, soit il détourne sonattention de sa propre décision, comme dans toutes les formes d’inattention comme dans la rêverie. Comment est-ce possible ?

Pour cela, nous dit Alain on s’en remet à d’autres, voire on s’en remet à autre chose. Bref, on détourne sa conscience de ce qu’on doit faire. On écoute les préjugés sociaux disait avant cela Rousseau dans la « profession de foi du vicaire savoyard » du livre IV de sonÉmile. Ainsi est-on conscient au sens psychologique mais d’autant plus inconscient au sens moral qu’on se dispose à étouffer en soi la voix de la conscience jusqu’à la rendre inaudible. N’est-ce pas ce qui se passe lorsqu’on invoque la diversité des coutumes pour refuser d’agir moralement ?

Toutefois, il n’est pas possible de détourner volontairement sa conscience puisque, comme dans la volontéd’oubli qui renforce la mémoire, cette volonté est réflexion et le sujet ne serait plus inconscient. Dès lors, reprocher au sujet d’être inconscient n’est-ce pas lui reprocher un acte nuisible et lui attribuer une faute dont il ne peut être tenu pour responsable ? N’est-on pas alors obligé de penser qu’on a rien à reprocher au sujet si ce n’est d’être la cause supposée de l’acte nuisible ?Aussi ce qu’on reproche à l’inconscient, ce n’est pas tant d’être à la source de son état que de façon plus générale, d’être la cause d’une action dommageable pour lui ou pour les autres. C’est ainsi que Œdipe, quoiqu’il n’ait pas tué son père et épousé sa mère en connaissance de cause, se juge lui-même comme coupable et les autres avec lui. Il se punit dans la pièce de Sophocle (495-406 av.J.-C.) Œdipe-roi, en se crevant les yeux. Il se sent donc coupable. Dans la seconde pièce de Sophocle le concernant qui nous a été conservée, Œdipe à Colonne, il fait horreur à ceux qui le rencontrent et qui connaissent pourtant son histoire.

Or, cette responsabilité de l’auteur de l’acte ne va pas du tout de soi. En effet, on peut avec Freud considérer que les actes du sujet ont une...
tracking img