Quelle est la place du bonheur dans l’anthropologie et la démarche apologétique de pascal ?

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  • Publié le : 15 novembre 2009
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Quelle est la place du bonheur dans l’anthropologie et la démarche apologétique de Pascal ?

Nous le savons, les Pensées de Pascal sont l’ébauche d’une Apologie de la religion chrétienne, par laquelle l’auteur du 17ème siècle voulait amener ses amis libertins à la foi. Il avait lui-même groupé des fragments selon un ordre subtil, pédagogique sans doute, sous des titres révélateurs desa conception de l’homme : misère, grandeur, contrariétés, mais une notion récurrente, celle du bonheur, jalonne l'ouvrage tel un thème transversal. Quelle sa place dans la démarche apologétique de Pascal ? Nous verrons qu’il part de la recherche universelle du bonheur, pour constater son échec, qu’il étudie ensuite les avatars de cette recherche, pour conclure à la seule solution de vraiefélicité : l’amitié avec Dieu.
I) La recherche du bonheur est au cœur de la condition humaine. a) Pascal part de la
constatation que peut faire son lecteur même athée : que l’homme veut être heureux : « il veut être heureux et ne veut être qu’heureux, et ne peut ne vouloir pas l’être » (§ 124). Dans le fragment 138, il développera cette réflexion d’une manière impressionnante : « Tous les hommesrecherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Il tendent tous à ce but.(…) C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre.»
b) On constate que les hommes y réfléchissent depuis toujours. Pascal expose rapidement dans la pensée 56 différentes thèses sur le « souverain bien » (c'est-à-dire ce à quoil’homme aspire comme devant lui apporter un contentement total.) Chaque philosophie a une thèse sur ce que l’homme doit chercher pour être heureux : « L'un dit que le souverain bien est en la vertu, l'autre le met en la volupté, l'autre à suivre la nature, l'autre en la vérité […] l'autre à l'ignorance totale, l'autre en l'indolence, d'autres à résister aux apparences, l'autre à n'admirer rien […] et lesbraves pyrrhoniens en leur ataraxie, doute et suspension perpétuelle. Et d'autres plus sages qu'on ne le peut trouver, non pas même par souhait. Nous voilà bien payés. » Le commentaire final montre que Pascal ironise sur la multiplicité des conceptions des philosophes, il ne les accumule que pour mieux les contester. Chacun a cherché le bonheur à sa manière, aucun ne l’a trouvé avec certitude.c) Mais Pascal veut amener son lecteur aussi à constater empiriquement l’échec rencontré quotidiennement par l’homme dans cette quête du bonheur. Car, pour Pascal, la condition de l’homme est essentiellement malheureuse, il l’affirme à plusieurs reprises : le fragment 33 mentionne déjà l’ennui qui réside au cœur de l’homme, et dans le fragment 66, il le formule ainsi : « Si notre condition étaitvéritablement heureuse il ne faudrait pas nous divertir d’y penser. » La structure logique de la phrase tend à prouver que l’hypothèse de départ est fausse : un homme heureux ne recherche pas le divertissement. Dans le fragment 126, Pascal explique la cause du malheur des hommes : « quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir lesraisons, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si méprisable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. » L’homme est donc malheureux en raison même de sa nature limitée « car c’est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. » écrit Pascal dans le fragment 71. La situation de l’homme est doncparadoxale.

II) L’homme a découvert des moyens d’oublier la souffrance, mais qui démontrent sa vanité. a) Ainsi, l’imagination a ce pouvoir de procurer un bonheur factice : « Elle ne peut rendre sages les fous mais elle les rend heureux, à l’envi de la raison qui ne peut rendre ses amis que misérables, l’une les couvrant de gloire, l’autre de honte. » (41) En effet, l’imagination...
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