Quelques textes fondamentaux sur la politique

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 38 (9499 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 25 novembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Aristote, Ethique à Nicomaque
I, 1 – Si donc il y a, de nos activités, quelque fin que nous souhaitons par elle-même, et les autres seulement à cause d’elle, et si nous ne choisissons pas indéfiniment une chose en vue d’une autre (car on procéderait ainsi à l’infini, de sorte que le désir serait futile et vain), il est clair que cette fin-là ne saurait être que le bien, le Souverain Bien.N’est-il pas vrai dès lors que, pour la conduite de la vie, la connaissance de ce bien est d’un grand poids, et que, semblables à des archers qui ont une cible sous les yeux, nous pourrons plus aisément atteindre le but qui convient ? S’il en est ainsi, nous devons essayer d’embrasser, tout au moins dans ses grandes lignes, la nature du Souverain Bien, et de dire de quelle science particulière ou dequelle potentialité il relève. On sera d’avis qu’il dépend de la science suprême et architectonique par excellence. Or une telle science est manifestement la Politique, car c’est elle qui dispose quelles sont parmi les sciences celles qui sont nécessaires dans les cités, et quelles sortes de sciences chaque classe de citoyens doit apprendre, et jusqu’à quel point l’étude en sera poussée […] D’où ilrésulte que la fin de la Politique sera le bien proprement humain. Même si, en effet, il y a identité entre le bien de l’individu et celui de la cité, de toute façon c’est une tâche manifestement plus importante et plus parfaite d’appréhender et de sauvegarder le bien de la cité : car le bien est assurément aimable même pour un individu isolé, mais il est plus beau et plus divin appliqué à une nationou à des idées.

Aristote, la Politique
I, 1 – Nous voyons que toute cité est une sorte de communauté, et que toute communauté est constituée en vue d’un certain bien (car c’est en vue d’obtenir ce qui leur apparaît comme un bien que tous les hommes accomplissent toujours leurs actes) : il en résulte clairement que si toutes les communautés visent un bien déterminé, celle qui est la plushaute de toutes et englobe toutes les autres, vise aussi, plus que les autres, un bien qui est le plus haut de tous. Cette communauté est celle qui est appelée cité, c’est la communauté politique.
Ceux donc qui croient que chef politique, chef royal, chef de famille et maître d’esclaves sont une seule et même notion s’expriment d’une manière inexacte (ils s’imaginent, en effet, que ces diversesformes d’autorité ne diffèrent que par le nombre plus ou moins grand des individus qui y sont assujettis, mais qu’il n’existe entre elles aucune différence spécifique : par exemple, si ces assujettis sont en petit nombre, on a affaire à un maître ; s’ils sont plus nombreux, c’est un chef de famille ; s’ils sont plus nombreux encore, un chef politique ou un roi - comme s’il n’y avait aucunedifférence entre une grande famille et une petite cité ! Quant à politique et royal, la distinction serait celle-ci : si un seul homme est personnellement à la tête des affaires c’est un gouvernement royal ; si, au contraire, conformément aux règles de cette sorte de science, le citoyen est tour à tour gouvernant et gouverné, c’est un pouvoir proprement politique. En fait, ces distinctions n’ont aucuneréalité.)
I, 2 – […] Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque ou tout autre animal grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme, seul de tous les animaux, possède la parole. Or, tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient pour ce motif aux autres animaux également(car leur nature va jusqu’à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres), le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l’injuste : car c’est le caractère propre de l’homme par rapport aux autres animaux, d’être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et des autres notions...
tracking img