Quels sont les objectifs, de descartes dans son discours de la methodes

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Discours de la méthode
René Descartes
Publication: 1637
Source : Livres & Ebooks
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J’étois alors en Allemagne, où l’occasion desguerres qui n’y sont pas encore
finies m’avoit appelé ; et comme je retournois du couronnement de [133] l’empereur
vers l’armée, le commencement de l’hiver m’arrêta en un quartier où, ne
trouvant aucune conversation qui me divertît, et n’ayant d’ailleurs, par bonheur,
aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurois tout le jour enfermé
seul dans un poêle, où j’avois tout le loisir dem’entretenir de mes pensées. Entre
lesquelles l’une des premières fut que je m’avisai de considérer que souvent il n’y
a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits
de la main de divers maîtres, qu’en ceux auxquels un seul a travaillé. Ainsi voiton
que les bâtiments qu’un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume
d’être plus beaux et mieuxordonnés que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder,
en faisant servir de vieilles murailles qui avoient été bâties à d’autres
fins. Ainsi ces anciennes cités qui, n’ayant été au commencement que des bourgades,
sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement
si mal compassées, au prix de ces places régulières qu’un ingénieur trace a
sa fantaisie dans une plaine,qu’encore que, considérant leurs édifices chacun à
part, on y trouve souvent autant ou plus d’art qu’en ceux des autres, toutefois, à
voir comme ils sont arrangés, ici un grand, là un petit, et comme ils rendent les
rues courbées et inégales, on diroit que c’est plutôt la fortune que la volonté de
[134] quelques hommes usants de raison, qui les a ainsi disposés. Et si on considère
qu’il y a eunéanmoins de tout temps quelques officiers qui ont eu charge de
prendre garde aux bâtiments des particuliers, pour les faire servir à l’ornement du
public, on connoîtra bien qu’il est malaisé, en ne travaillant que sur les ouvrages
d’autrui, de faire des choses fort accomplies. Ainsi je m’imaginai que les peuples
qui, ayant été autrefois demi-sauvages, et ne s’étant civilisés que peu à peu, n’ont
2fait leurs lois qu’à mesure que l’incommodité des crimes et des querelles les y a
contraints, ne sauroient être si bien policés que ceux qui, dès le commencement
qu’ils se sont assemblés, ont observé les constitutions de quelque prudent législateur.
Comme il est bien certain que l’état de la vraie religion, dont Dieu seul a fait
les ordonnances, doit être incomparablement mieux réglé quetous les autres. Et,
pour parler des choses humaines, je crois que si Sparte a été autrefois très florissante,
ce n’a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier, vu
que plusieurs étoient fort étranges, et même contraires aux bonnes moeurs ; mais
à cause que, n’ayant été inventées que par un seul, elles tendoient toutes à même
fin. Et ainsi je pensai que les sciences deslivres, au moins celles dont les raisons
ne sont que probables, et qui n’ont aucunes démonstrations, s’étant composées
[135] et grossies peu à peu des opinions de plusieurs diverses personnes, ne sont
point si approchantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire
naturellement un homme de bon sens touchant les choses qui se présentent. Et
ainsi encore je pensai que pourcequenous avons tous été enfants avant que d’être
hommes, et qu’il nous fallu longtemps être gouvernés par nos appétits e t nos précepteurs,
qui étoient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les
autres, ne nous conseilloient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible
que nos jugements soient si purs ni si solides qu’ils auroient été si nous
avions eu...
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