Qui donc n est pas constructiviste?

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  • Publié le : 5 juillet 2011
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QUI DONC N’EST PAS CONSTRUCTIVISTE ?

Qui donc n’est pas constructiviste?
Jean-Pierre Astolfi1

Résumé
La généralisation de la référence constructiviste en éducation risque d’entraîner des emplois «didactiquement corrects», d’autant qu’elle concerne les discours (ceux de la littérature pédagogique comme de la formation des maîtres) bien davantage que les pratiques. Une telle situation n’estpas saine. Les amalgames: d’un point de vue théorique, les référents du constructivisme sont divers, mais pas nécessairement convergents. Piaget, Bachelard et Vygotsky sont ainsi trois figures tutélaires souvent invoquées, mais leurs discours et leurs cadres problématiques sont loin de s’emboîter harmonieusement au service des didactiques. La question est alors de savoir comment les convoquersans confusion, au service de nos objectifs propres. Les contrastes: parler de constructivisme dans un tel contexte oblige à examiner à quoi celui-ci s’oppose. Il se démarque tantôt du béhaviorisme (registre psychologique), tantôt du positivisme (registre épistémologique), tantôt du dogmatisme (registre pédagogique). Or ces versions ne se recoupent que partiellement, et chacune donne auconstructivisme des couleurs différenciées. Les précautions: sur fond de méthodes actives et d’éducation nouvelle, le constructivisme conduit à des formulations ambiguës et à des évitements précautionneux. On parle de mettre l’élève (sinon l’enfant) «au centre» du système éducatif, on dit volontiers qu’il doit «découvrir par lui-même» les notions, on évoque l’idée d’une «approche» des contenus enseignés, onbannit d’ailleurs souvent le mot «enseignement» lui-même comme s’il était signe de transmission dogmatique.

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Professeur de sciences de l’éducation, Université de Rouen, France.

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CONSTRUCTIVISMES : USAGES ET PERSPECTIVES EN EDUCATION

Introduction
Le terme constructivisme est très polysémique. Il en existe même une variante russe en histoire de l’art (du côté du suprématisme deMalévitch ou Lissitzky) qui semble avoir inspiré le graphisme du logo de ce colloque. En éducation et en formation, la référence au constructivisme est aujourd’hui générale et survalorisée, quasi obligée. La situation était différente voilà encore une quinzaine d’années, où le constructivisme était porté par des minorités actives, comme les mouvements pédagogiques ou les didactiques naissantes.C’est maintenant devenu la langue commune de nos systèmes éducatifs et des textes qu’ils produisent, avec notamment cette formule sur laquelle je reviendrai: Placer l’élève au centre du système, au centre de ses apprentissages. C’est le discours des directeurs, des formateurs, des inspecteurs, des chercheurs, d’autant plus vigoureux, dirai-je un peu perfidement, que celui qui le tient n’a pas àl’appliquer au quotidien, mais occupe une position lui permettant de dire ce qu’il conviendrait de faire… Seuls quelques intellectuels médiatiques français paraissent échapper au charme des idées constructivistes dont ils font leur bête noire, même s’ils préfèrent l’attaquer à l’abri du mythe de l’égalité républicaine. Je fais entièrement miens ici les propos de Bernard Charlot quand il écrit que «lediscours sur la Raison que quelques intellectuels déversent dans les médias présente la particularité de ne pas répondre à la question de l’appropriation des savoirs, et même de refuser obstinément qu’elle soit posée(…) ». Ce combat de la Raison contre la Pédagogie n’est «qu’un conservatisme social et pédagogique, couvert pudiquement du manteau de Condorcet (…)». Cette «défense des privilèges au nom del’universel, c’est le ressort profond de toute idéologie, d’autant plus mystificatrice ici qu’elle se présente comme porteuse des droits de la Raison». Pauvre Condorcet! Le problème actuel du constructivisme en éducation est donc qu’il risque d’apparaître comme étant de l’ordre du «didactiquement correct», d’autant qu’il concerne souvent davantage les discours que les pratiques. Il n’est pas...
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