Qui parle quand je dis je ?

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  • Publié le : 26 novembre 2011
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Dissertation
Philosophie Sujet:Quiparlequandjedis«je»?
Une des questions fréquentes des jeunes enfants est celle de savoir comment on s’appelle. Alors qu’ils ont pris conscience de leur identité, ils tentent d’appréhender celle des autres. N’est-ce pas, effectivement, un grand questionnement que de se demander qui parle lorsqu’on dit « je » ? D’aucuns diront qu’un « je » peut être universel,pris dans son ensemble. Cela laisse peu de place à la réflexion. Au contraire, le pronom de première personne renvoie à quelque chose ou à quelqu’un, au « moi » très certainement. A la lecture d’un texte, chacun peut dire « je lis » et ainsi prendre conscience qu’il lit. Le « moi » est donc avant tout une prise de conscience de son individualité, de son existence même. Ceci nous amène à nousdemander si ce n’est pas la conscience qui parle lorsque nous disons « je ». La thèse freudienne de l’existence d’un inconscient psychique remet-elle en cause la nature du « moi » ? D’autre part, le recours au « je » n’est-il pas une façon de se distinguer parmi les autres, voire de se créer une intemporalité en se considérant être immuable détenant passé, présent et bientôt futur ? Enfin, pourquoi nepas envisager un « moi » dichotomique déchiré entre une aspiration à se découvrir davantage et une envie de surpasser son individualité ?
Lorsque Descartes postula l’existence de la conscience à l’aide de sa célèbre maxime, se suffisant à elle-même, « cogito ergo sum » - « je pense donc je suis » - il aurait pu dire « puto ergo sum », « je parle donc je suis ». En effet, tout le monde peuts’accorder à dire qu’une telle remarque est irréfutable, même par le plus sceptique des Pyrrhoniens. En fait, cette phrase se conçoit d’elle- même. Une personne qui pense ne peut qu’être sans quoi elle ne penserait pas. D’autre part, penser que l’on est revient à s’assurer de son existence. Mais l’existence est-elle similaire à l’identité ? Lorsque l’on dit « je », il est évident que l’on renvoie à soi-mêmeou du moins à la représentation que l’on a de soi. Or, sans conscience il n’y aurait aucune conscience de soi. De là, nous comprenons qu’à dire « je » on puisse renvoyer à la conscience. Néanmoins, le psychanalyste Freud a réunit un faisceau de présomptions tendant à montrer l’existence d’un inconscient psychique. Par l’étude des lapsi ou des pertes et casses, des manifestations névrotiques outroubles psychiques, Freud a, en effet, supposé que l’homme était doté d’un inconscient rassemblant toutes ses pulsions refoulées, inavouables à la conscience. Ainsi, le « je » renvoie-t-il à la conscience ou à l’inconscient ? Autrement dit, un individu parle-t-il au nom de sa conscience, dont il peut s’assurer la présence, de l’existence, ou au nom de son inconscient qui s’exprimerait par contagionsur la conscience, par exemple ? Cela n’est pas si simple. Effectivement, l’individu ne peut être certain de l’existence de son inconscient. Il ne peut donc parler en son nom. Néanmoins, ayant conscience d’une potentielle existence de cet inconscient, il peut dire « je » en se référant à la bivalence inhérente à tout homme, au manichéisme que renferme chacun, à savoir à la fois à sa conscience età son inconscient. Voilà pourquoi Freud distingue plusieurs instances dans l’appareil psychique. Nonobstant, il met en exergue dans sa deuxième topique trois instances : le « ça » ; le « moi » et le « surmoi ». Il semble alors qu’il isole le « moi » du « ça », pourtant siège des pulsions libidinales, primitives. C’est alors comme s’il souhaitait isoler l’individu conscient de son inconscientpsychique. Dès lors, en disant « je », une personne se référerait uniquement à sa conscience et non plus à ce qui pourrait lui échapper, à son inconscient. Lorsque l’on dit « je » on peut donc parler de sa conscience – on parle d’ailleurs de « moi conscient », de conscience de soi – ou bien à son inconscient. Notons toutefois que si l’inconscient parle, s’il fait notre identité en quelque sorte,...
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