Qui parle quand je dis "je"?

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  • Publié le : 9 octobre 2010
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Qui parle quand je dis "je" ?







Selon toute évidence, c'est bien moi qui parle quand je dis "je". Comment pourrait-il en être autrement ? Ne serait-ce pas soutenir un bien obscur paradoxe que d'estimer que ce "je" désigne un autre que moi, ou bien autre chose que moi-même ? En effet, dire "je" marque une présence immédiate et claire de soi à soi, sans que l'on puisse, semble-t-il,douter un seul instant de la réalité de cette présence. Le "je" est donc bien l'expression et le signe non problématiques de mon identité, si peu problématique qu'il semblerait bien absurde de soutenir le contraire. Comment le sujet pourrait-il devenir une énigme pour lui-même ?

Toutefois, ne peut-on mettre en doute une telle certitude ? Loin d'être des évidences, cette claire présence de soià soi et cette unité du sujet ne sont peut-être que des apparences, qui pourraient prendre place parmi les ombres dont Platon nous invite à nous détourner dans son mythe. En effet, malgré toute la confiance que nous lui accordons spontanément, ce "je" n'est peut-être, après tout, qu'une figure superficielle de notre identité. Cette confiance que nous lui accordons ne repose peut-être que sur sonrôle discursif : est-il autre chose qu'une nécessité grammaticale ?

Dans une telle perspective, ce que je suis excède ce que j'ai conscience d'être. La conscience de soi ne serait qu'une manifestation parmi d'autres de cette identité, que je ne maîtriserais pas totalement. Or, en mettant ainsi en crise la subjectivité, ne risque-t-on de renoncer à toute liberté et à toute morale ? Commentpourrais-je m'estimer reponsable de mes actes comme de mon discours, si ce n'est pas moi qui parle lorsque je dis "je" ? Si ce "je" n'est qu'une illusion métaphysique, qui ne résiste pas à l'examen, n'a-t-il pas pour autant une fonction éthique et politique?

Dans un premier temps, nous verrons en quelle mesure le sujet apparaît comme l'expression essentielle de l'identité, puis nous examinerons commentune telle évidence peut être remise en cause, enfin nous nous efforcerons de redéfinir la subjectivité.





I. Comment pourrait-on remettre en cause la certitude de la conscience de soi ?



A. Se demander qui parle quand je dis "je", est-ce autre chose qu'une question scolastique ?

En effet, c'est là une évidence qui semble totalement échapper au doute : dans l'expérience quej'en fais, le "je" n'est pas une réalité qui serait reconnue au terme de tout un cheminement de pensée, il est l'expression spontanée de mon identité. Ainsi, bien plus qu'un contenu de pensée, il est le fondement de tout acte de pensée : en effet, pour que quelque chose soit pensé, il faut bien que je suppose un "je" pour le penser. Soupçonner une telle identité, est-ce alors autre chose qu'un purjeu rhétorique, que contredit l'expérience que nous faisons immédiatement de nous-mêmes ? En effet, la conscience de moi-même précède nécessairement tout examen de ce que je suis : dans l'emploi que j'en fais, le "je" n'est pas, semble-t-il, une acquisition culturelle.

M'a-t-on enseigné à dire "je" ? Cela semble bien inconcevable : comment pourrais-je prendre conscience de quelque chose sansêtre conscient de moi-même ? Le "je" n'est donc pas une représentation parmi d'autres, il est au contraire ce qui accompagne toutes mes représentations. C'est bien en ce sens que Kant fait du sujet une réalité transcendantale dans la Critique de la raison pure : transcendantale, dans le sens où un "je pense" est nécessaire pour que quelque chose soit pensé. Le " je " n’est donc pas tant ce dont jefais l’expérience, une expérience parmi d’autres possibles ; il est bien plus la condition de possibilité de toute expérience, l’horizon de toute mes représentations. Sans l'hypothèse de ce "je", mon identité éclaterait.

B. Ainsi, on peut très bien en faire une démonstration par l'absurde :

Ainsi, on peut très bien en faire une démonstration par l'absurde : en effet, comment pourrais-je...
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