Répartition des richesses chez les classiques

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  • Publié le : 27 décembre 2008
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Kevin O’Rourke est un spécialiste de l’histoire de la mondialisation. L’ouvrage de référence qu’il a rédigé en collaboration est le suivant :
O'ROURKE K. et WILLIAMSON G., 1999, Globalization and History: The Evolution of a Nineteenth-Century Atlantic Economy , MIT Press

Interview trouvée à la page www.courrierdelaplanete.org/69/article4.html.

200 ans de mondialisation

Kevin O'Rourke,Trinity College, Dublin
Dans certains domaines clés comme la finance ou le marché du travail, l'économie était plus mondialisée à la fin du XIXe siècle qu'aujourd'hui. L'histoire économique nous fournit des enseignements utiles sur les développements actuels.
Courrier de la planète : Qu'est-ce que les économistes entendent exactement quand ils parlent de "mondialisation" ?
Kevin O'Rourke : D'unpoint de vue technique, les économistes désignent par "mondialisation" l'intégration des marchés des marchandises, des capitaux et du travail. C'est-à-dire la facilité croissante avec laquelle les marchandises, les flux financiers et la main-d'œuvre franchissent les frontières. Il me semble que le terme "mondialisation" n'est pas très utile, tellement il recouvre de réalités différentes selon lesauteurs. C'est pourquoi je préfère évoquer séparément chacune des dimensions de la mondialisation: le commerce des marchandises et les transferts de main-d'œuvre et de capitaux. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, les institutions de Bretton Woods qui ont mené à la signature du Gatt ont contribué à l'intégration du commerce des marchandises et ont, dans le même temps, institutionnaliséle contrôle des capitaux, une autre dimension de l'intégration économique.
Au-delà de cette définition purement économique, il existe d'autres dimensions de la mondialisation : les échanges culturels, les efforts en faveur d'une gouvernance internationale, comme l'établissement d'une Cour pénale internationale, etc. Ces dimensions plus politiques sont tout aussi importantes que les seulesdimensions économiques.
Cdp : Vous estimez que la mondialisation n'a réellement décollé qu'au début du XIXe siècle. Quels sont les arguments qui militent en faveur de cette thèse ?
K. O'R. : Le XIXe siècle a connu une véritable explosion du commerce mondial : il équivalait en 1800 à 1 % des revenus mondiaux, pour atteindre 8 % en 1913 (voir ci-dessous). Plus important encore, à partir du XIXe siècle,on observe une convergence des prix sur différents marchés. Par exemple, les prix du blé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne deviennent similaires à la fin du XIXe.
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La convergence des prix représente un des meilleurs indicateurs pour mesurer le niveau d'intégration économique. Si des écarts existent entre différents pays sur les prix d'un même bien, cela signifie que les coûts detransport et/ou les barrières au commerce demeurent élevés. Certes, on pourra toujours objecter, et c'est juste théoriquement, que la convergence des prix peut s'observer sur des marchés complètement distincts, à partir du moment où le niveau de l'offre et de la demande est identique sur ces différents marchés. Mais en réalité, quand on observe la convergence des prix, cela indique qu'il y a intégrationéconomique. Sur le marché des capitaux, on observe une tendance similaire à ce qui se passe sur le marché des marchandises : le montant des flux augmente considérablement tout au long du XIXe siècle et on note une convergence des taux d'intérêt, signe d'intégration des marchés financiers.
Enfin, en ce qui concerne le marché du travail, on constate qu'au début du XIXe siècle, les flux demain-d'œuvre concernent essentiellement l'esclavage. Ce sont donc des migrations involontaires, alors qu'à la fin du XIXe on fait face à des flux migratoires volontaires massifs. Toutefois, cette théorie selon laquelle le XIXe siècle constitue le grand commencement de la mondialisation reste controversée. Un certain nombre d'historiens considère qu'il y a eu beaucoup d'échanges entre les continents bien...