Raymond devos

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  • Publié le : 13 novembre 2011
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Déjà un an que l’inoubliable Raymond Devos nous a quittés dans son domicile de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Portrait d’un comique, d’un clown, d’un homme de lettres et plus simplement d’un artiste amoureux de la langue française.
La vie de Raymond Devos artiste est une histoire d’amour. Epris d’une étrange maîtresse qui se définit au masculin mais qui, pour lui, se lit, s’écoute, se déclame auféminin : les mots. Et cette romance qui, habituellement, aurait dû se vivre, comme toute romance, dans l’intimité d’une relation singulière, est devenue publique. Cette complicité du clown et des mots n’est pas sans fondement, chacun y trouvant un peu de réconfort, d’affection et d’exaltation. Petite histoire d’un couple devenu légendaire.
Les mots aiment Devos

Pas de philtre d’amour nid’événement héroïque, juste une manière de dire, de raconter sur scène. La rencontre aurait pu vaciller, ne pas se faire. Mais les mots ont vite craqué sous le charme bientôt irrésistible du jeune homme admiratif des forains, du cirque et des spectacles de rue. Plus tard, à Bobino ou à l’Olympia, la bedaine rassurante, le costume bleu irrémédiablement attendrissant, les bretelles un peu clown et surtout lesnuances subtiles dans la voix ont consolidé cette union. Une voix qui pouvait chuchoter sa fiancée - les mots - ou hurler avec hilarité sa passion. Cette manière aussi de se mouvoir sur scène, arrachant l’artiste à sa solitude, faisant du vide une occasion de réaliser le mouvement qui accompagne intelligemment le discours. Devos a eu le désir pour les mots et eux ont accepté son amour déclamé demille façons.
Une maîtresse insaisissable

Et cet amour est absolu parce qu’infini. La singularité d’une bien-aimée telle que le Mot réside dans l’incapacité à la saisir, à la réduire, à la consommer. Son sens n’est jamais figé, ses harmonies insatiablement renouvelées. L’artiste belge aimait cette multitude d’identités alors il gâtait sa chérie, lui donnait tous les sens possibles, jouait deshomonymes, des paradoxes et des subtilités syntaxiques. Rarement les mots ont été aussi scrutés, aussi dépecés sans pour autant être épuisés. Il les cajolait en multipliant les jongleries et les caresses sémantiques. Pour leur prouver sa reconnaissance, il pouvait leur dire : “Mon immeuble est sens dessus dessous. Tous les locataires du dessous voudraient habiter au dessus.” Quand “une crise de foidevient une crise de foie” ou que “le bout du bout” devient problématique, la quête de sens devient esthétique et également, pour notre plus grand plaisir, poétique. Rien d’étonnant, en réalité, pour un homme qui admirait Bachelard, Tristan Bernard ou Marcel Aymé.
Des histoires…

Mais l’artiste avait un secret. Pour séduire sa compagne lexicale, il lui racontait des histoires. Pas n’importelesquelles. Des histoires absurdes avec des situations aussi improbables que comiques (un hommage à Alfred Jarry). Il inscrivait les mots dans un contexte déconcertant qui leur permettait d’exister pleinement, de s’épanouir. A la parole s’accordait le mouvement du corps. Devos travaillait au sein du théâtre du Vieux-Colombier ou de la compagnie Jacques Fabbri. Des significations nouvellesapparaissaient. Un visage tout neuf avec des mots très simples. Cette absurdité était source d’une grande intensité et d’une grande profondeur (‘Mon chien c’est quelqu’un’ ou ‘L’Homme qui fait la valise’) car paradoxalement, comme il aimait le préciser, “la mécanique de l’absurde est celle de la raison. L’absurdité, c’est obligatoirement logique, c’est ça qui est inquiétant.” Ainsi devenait-il philosophe etquelquefois moraliste (sans “moraline”), dénonçant à sa manière l’absurdité du racisme ou de la guerre (‘Faites l’amour pas la guerre’, ‘Racisme’, etc.). Son complice de toujours, le pianiste Hervé Guido avait un rôle fondamental pour la mise en scène de ses sketches. Une belle complémentarité où le réalisme et le calme olympien du pianiste s’accordaient avec finesse à la naïveté et à...
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