Recit du colonel yacef saadi

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  • Publié le : 11 novembre 2010
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Récits de la bataille d’Alger par Yacef Saâdi : Le dispositif politico-administratif
De solides passerelles doivent être érigées pour maintenir le lien et le contact avec les populations. Pour cela, Yacef Saadi, chef historique de la Zone autonome d’Alger a créé le dispositif politico-administratif. Il nous parle de son rôle, de son organisation, de ses missions, de son fonctionnementcloisonné.

Ce dispositif est d’une extrême importance car de lui dépend le succès ou l’échec.

L’objectif cardinal est de procéder à une infiltration systématique de tous les rouages de l’Etat colonial, d’étendre des ramifications partout. Le noyautage doit être offensif, audacieux pour faire échec aux manœuvres de l’ennemi. Le dispositif englobe le renseignement, la justice, la propagande. Son chef,Bouzrina Arezki dit H’didouche, est un homme pondéré et efficace. Il a été désigné pour assumer cette responsabilité.

Le dispositif politico-adminisratif

A la mi-mars 1957, l'indispensable retour à la normale se précisait. C'est sans doute notre refus de suivre l'exemple du C.C. E. qui en était la cause. De plus en plus pressée de faire le choix, la population semblait, au mois de mars, avoirfait le sien, son camp étant désormais celui des combattants comme Ali la Pointe et les autres en montrant, du même coup, que le « défaitisme » de certains ne l'inclinait pas à tourner casaque. Cependant, notre position vis-à-vis d'elle devait se limiter aux contacts les plus sûrs, à travers lesquels il nous serait peut-être possible de regagner l'entière confiance des habitants. Discrètement,des passerelles devaient être érigées entre elle et nous.

Le D. P. A. (Dispositif politico-administratif ) est né au printemps 1957. Date de la création d'un Etat algérien clandestin parallèle à l’Etat colonial. Pour rétablir la confiance entre la population et nous le D. P. A. était donc censé combler toutes les lacunes que nous avions notées dans nos rapports avec l’habitant. Il était composéde cinq comités spécialisés chacun dans un domaine précis, leurs articulations n'interdisant nullement qu'ils fussent complémentaires. Citons-les :

Le Comité pour le renseignement :

Son fonctionnement désormais ne devrait avoir plus rien de commun avec le dilettantisme des membres, femmes ou hommes, qui allaient le composer, il serait exigé un grand nombre de qualités dont l'audace, lapugnacité, la patience, la ruse, le courage bien évidemment, mais également l'intelligence. Le cloisonnement devant être ici plus que partout ailleurs le catéchisme de chacun. Son programme d'action ne rien négliger en s'attaquant aux plus inexpugnables des citadelles de l'adversaire.

De ses succès ou de ses échecs dépendraient nos victoires ou nos déboires. Placés aux premières loges du combat, sesagents auraient, cela va de soi, à prendre les plus gros risques s'ils veulent percer les secrets du camp ennemi.

Le D. P. A. avait ratissé large pour ne rien négliger. Ses objectifs multiples devaient intégrer aussi bien l'armée d'occupation et ses bases logistiques que les nombreux réseaux de polices officielles, spéciales, officieuses ou parallèles. Faisaient également partie de ce panel lesiège de la 10e Région Militaire et le cabinet du ministre -résident Robert Lacoste auprès de qui la jeune Fadila Attiya (son nom de code Marcus) l'une de nos « taupes » nous donnait pleine satisfaction depuis le mois de juin 1956.

Une fois sa mise en place terminée, le Comité du renseignement devait étendre ses ramifications à l'ensemble de l'appareil administratif colonial où l’on avait prévud'implanter des cellules de captage des renseignements. Le noyautage que nous pratiquions jusqu'alors de manière timide devait pouvoir devenir offensif autant que systématique. D'un tel redéploiement, s'il était bien mené, dépendaient nos capacités de prévenir, aussi souvent que possible, les manœuvres de l'adversaire vis-à-vis de la population ou des maquis. Entrait dans cette catégorie...
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