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  • Publié le : 8 février 2010
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Charles Baudelaire (1821-1867), Spleen et idéal (1857)

« L’Albatros »

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Étude de l’Albatros, de Charles Baudelaire

Ce poème est extrait de "Spleen et idéal", la deuxième partie du recueil Les Fleurs du mal, écrit par Charles Baudelaire, en 1857. De ses quatre quatrains, le plus remarquable, le plus intéressant est certainement le dernier qui parle de la difficilecondition du poète au XIXème siècle. Selon Baudelaire, la place du poète dans la société est symbolisée par un albatros : majestueux dans le ciel, son élément, mais ridicule sur terre et au contact des hommes. De même, le poète se situe au-dessus du commun des hommes pour ses poèmes, mais mêlé à la foule, il n’est rien. Baudelaire faisait ainsi partie de la génération des poètes maudits, c’est-à-dire noncompris et ignorés par les gens de son époque.

Ce poème est fondé sur une double comparaison : l’albatros est personnifié étant donné que le poète est comparé à l’oiseau. Grâce à un réseau de personnification, les trois premières strophes comparent l’albatros à un roi déchu ("roi" vers 6), à un voyageur ailé arraché au ciel. La quatrième strophe explicite le symbole en faisant du poète, par unecomparaison et une métaphore hyperbolique, un "prince des nuées" (vers 13) aux "ailes de géant" (vers 16). Exilé parmi les hommes, la vie de l’albatros apparaît donc comme une parabole qui définit l’existence du poète. Le poète et l’albatros sont associés dans la dernière strophe et cette association provoque une nouvelle interprétation du poème : le voyageur ailé devient le poète, les hommesd’équipage : la société.
L'albatros est évoqué dans toute sa grandeur comme le confirme l'enjambement des vers 1 et 2 qui suggère l'immensité des espaces que l'albatros a à parcourir. Cette notion de grands espaces est renforcée par l'hypallage du vers 2 ("vaste oiseau des mers" = oiseau des vastes mers). Au-dessus de l'horizontalité médiocre qui symbolise la société, l'oiseau donne une impression demajesté, fait de fluidité, comme l'eau sur laquelle vogue le navire mis en relief par l'harmonie suggestive du vers 4 en " v ", " s " et " f ". Il y a le monde d'en haut et le monde d'en bas et la communication entre les deux est difficile, voire impossible. L'albatros, mais en même temps le poète, est agressé par les moqueries des marins (vers 11 et 12) puis par l'archer et les huées (vers 14 15).Le jeu sur les sonorités renforce le contraste. La majesté de l'oiseau en vol est rendue par l'assonance en " en " (vers 1, 2, 4, 13, 14, 16) et l'allitération en "v" (vers1, 2, 3, 4). La déchéance de l'albatros se traduit sur le plan phonétique par une sorte de dégradation et l'assonance en "en" est désormais associée à des mots dont le sens ou les connotations sont négatives ou péjoratives.Le destin funeste de l'oiseau est prédit par l'allitération en "s" du vers 4 : "gouffres amers". La troisième strophe accumule des sonorités qui produisent un effet désagréable avec l'assonance en "e", assonance déjà présente dans la strophe précédente avec "eu" de "honteux" au vers 6, "piteusement" au vers 7, "à coté d'eux" au vers 8 et l'allitération en "c" et en "gu" comme "gauche" au vers 9 etla cacophonie " comique et laid " du vers 10. Ainsi, le jeu des sonorités accentue la différence de l'animal au fur et à mesure du poème ce qui est renforcé par la disposition en chiasme des sonorités du vers 11.

L'albatros est désigné par les expressions suivantes : des périphrases aux vers 2, 3, 6, 9, 13, 19, c'est tout l'aspect majestueux et souverain de l’oiseau qui est déployé. Ladernière strophe développe la comparaison entre le poète et l'albatros. C'est la même souveraineté dans la solitude mais c'est la même déchéance lorsqu'il redescend au niveau de l'humanité vulgaire. La comparaison entre l'oiseau et le poète permet de dégager la signification allégorique du poème : comme l'albatros, le poète est victime de la cruauté des hommes ordinaires comme les hommes d'équipage...
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