Remords posthume

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1121 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 10 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Baudelaire, « remords posthume », in Les Fleurs du mal (1857) , commentaire littéraire

Baudelaire est le poète incontournable des années lycée en France. Probablement parce qu’il
est au croisement des mouvements (entre romantisme et symbolisme), des tendances (entre spleen
et idéal) et qu’il renouvelle les formes anciennes (le sonnet) ou exotiques (le pantoum) tout en
proposant une nouvelledéfinition de la poésie avec son travail sur le poème en prose.
« Remords posthume » est l’un de ses sonnets les plus connus : pourquoi ce sonnet qui se présente
comme une énième variation à partir du cliché du « carpe diem » est-il de toutes les anthologies ?
Nous montrerons comment Baudelaire à partir du topos surexploité du carpe diem réussit à évoquer
la mort de façon originale etmarquante.
Pour cela, nous étudierons d’abord l’originalité en pleine poésie, du mélange discours/récit qui doit
marquer, réveiller le lecteur ; puis la force des contraste, la mort apparaissant ici à la fois belle et
noble d’une part, hideuse et inéluctable d’autre part ; enfin l’on verra comment le poète rend ici
compte de ce que la mort signifie pour lui : l’éternité et l’universalité.
Enproposant dans un poème, un mélange discours-récit, Baudelaire rend son « Remords
posthume » forcément original.
Bien que nous ne soyons pas ici dans le genre romanesque, Baudelaire bâtit ici un récit.
On retrouve fréquemment, et en ouverture de vers, des marqueurs de temps : « quand »,
« lorsque » ; de plus le poème prend des allures apocalyptiques avec la narration au futur, rare et
originale dansun récit : « Lorsque tu dormiras… tu n’auras… ».
Ce qui accroche également le lecteur, c’est la forme dialoguée. Certes, Ronsard et Musset eux aussi
dialoguent avec des muses mais ici l’originalité vient du fait que le poète propose non pas un mais
deux niveaux de communication de sorte que nous sommes les témoins de deux dialogues
enchâssés : l’un entre le poète et la muse, l’autre entre letombeau et la muse à partir du premier
tercet.
Pour frapper l’imagination de son lecteur, Baudelaire compte aussi sur la force des images,
notamment dans leur aspect contrasté, avec la tension typiquement baudelairienne entre beauté et
noirceur, spleen et idéal.
D’un côté, et cela semble naturel pour un poème, a fortiori adressé à la muse, du moins à la femme
aimée, la beauté et la noblessesont célébrées par le poète, ce que l’on repère non seulement en
identifiant la forme du poème , le sonnet, traditionnellement attaché depuis le 16e siècle à
l’expression du lyrisme poétique, mais aussi grâce à l’emploi de l’alexandrin, qui donne au propos
son allure noble voire sentencieux.
D’un autre côté la négativité et la noirceur ne sont jamais loin avec Baudelaire : c’est le spécialistede
la rime en « oir » peu gracieuse, et donc marquante –que l’on trouve aussi dans « Harmonie du
soir »- ici présente avec des termes tels que « nonchaloir », « vouloir », « noir ». Et puis, bien sûr,
impossible d’échapper au champ lexical dense, voire obsédante de la noirceur et de la mort, dès le
titre avec « posthume », et tout le long du sonnet, avec « caveau », « morts », «fosse ».Enfin, le
poète ne se gêne pas pour interrompre lui-même son évocation, avec l’utilisation du tiret, brutal, au
tout dernier vers, où la brutalité stylistique et typographique doit mimer la brutalité de la mort qui
surgit dans une vie humaine.
Mais si ce poème n’était qu’une provocation formelle, jouant sur les effets baroques de
contrastes ou de surprise, il n’est pas dit qu’il parviendrait àrendre vraiment compte du sujet qu’il
annonce en son titre, la mort, sujet O combien rebattu en littérature et donc difficile à rendre. Pour
toucher son destinataire (au-delà de la muse, le lecteur), Baudelaire, réussit, comme dans nombre de
ses poèmes des Fleurs du mal, à faire se rencontrer le fond et la forme.
Ici, pour parler de ce temps éternel qu’est le temps des morts, Baudelaire joue...
tracking img