Retraite

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  • Publié le : 30 mai 2010
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L’Enjeu des retraites Introduction L’affaire semble entendue et ne pas souffrir de débat : il y a un problème des retraites. Un problème démographique, d’abord : avec le passage d’un actif pour un retraité à un pour deux d’ici cinquante ans, la question ne serait « ni de droite ni de gauche, mais arithmétique », comme dit Mme Parisot. Un problème comptable, ensuite : les déficits actuels etsurtout prévus seraient tels qu’il faudrait dans l’urgence « sauver le régime par répartition » en réduisant ses prestations, à « compléter » par de la capitalisation. Un problème moral, enfin : il faudrait rétablir l’« équité intergénérationnelle » car nous serions en train de nous constituer des droits qui obligeront nos enfants à nous payer dans l’avenir des pensions d’un trop fort niveau comptetenu de ce qu’ils pourront produire. Et Mme Parisot n’est pas la seule à nous le dire : les gouvernements successifs de droite et de gauche nous le disent depuis vingt ans, les experts nous le répètent de rapport en rapport, et le consensus est partagé. C’est précisément le caractère si consensuel de ce discours qui devrait nous alerter. Il y a quelque chose qui cloche dans cette affaire, comme dansune affaire criminelle dont la résolution, rondement menée, laisse perplexe. Des indices ? Pourquoi ne sauve-t-on pas les retraites de la même manière qu’on a sauvé les banques ? On vient de sauver les banques en leur donnant de l’argent, beaucoup d’argent d’ailleurs, tandis que, pour « sauver » les retraites, depuis vingt ans on ne fait que leur ôter de l’argent, principalement par le gel du tauxdes cotisations patronales. N’est-ce pas étrange ? L’hôpital public aussi, on le sauve à coups de fermetures d’établissements et de suppressions de postes, de même qu’on « sauve » les emplois de tant d’entreprises en en supprimant une partie et en réduisant le salaire des restants. Sauver par la saignée : Molière nous a appris à nous méfier de ces dangereux médecins et de leurs prétendus remèdes.D’autant plus qu’il y a trente ans que cette thérapeutique dure et que nous voyons bien que ces sauvetages ne sauvent que les actionnaires. Un problème qui ne serait ni de droite ni de gauche, mais seulement arithmétique ? Imaginons le ridicule de Mme Parisot prédisant, en 1900 : un Français sur trois travaille aujourd’hui pour l’agriculture ; or, il n’y en aura plus qu’un sur trente en 2000,donc la famine en France en 2000 est inévitable, ce n’est un constat ni de droite ni de gauche, mais arithmétique. En cinquante ans, la production double avec le même nombre d’actifs, et l’arithmétique de Mme Parisot relève du café du commerce… N’est-ce pas plutôt que son arithmétique est au contraire très politique, et que, pour elle, les gains de productivité doivent continuer indéfiniment à alleraux seuls actionnaires, comme c’est le cas depuis trente ans ? Et ce pour notre plus grand malheur collectif, puisque c’est l’origine des bulles spéculatives que l’on veut nous faire payer au prix fort. De moins en moins de droits dans un pays de plus en plus riche ? L’esprit le moins prévenu est troublé par l’espèce de schizophrénie des prévisions, selon leur objet. D’un côté, la révolutioninformationnelle et les énormes gisements de productivité augurent d’une forte dynamique de long terme, même si la crise actuelle assombrit le moyen terme, et, de l’autre, les droits sociaux doivent être réduits. Au point que l’on inverse le mouvement séculaire du « travailler moins pour gagner plus » : curieusement, il faudrait « travailler plus pour gagner plus ». Où est l’erreur ? De lacapitalisation pour compléter la répartition ? Là encore, comment ne pas relever que, dans le même discours, un ministre ou un économiste bien en cour peut nous vanter l’effet bénéfique de la répartition dans la crise, reconnaître le côté roulette russe de la
L’Enjeu des retraites, Bernard Friot, La Dispute, 2010. Introduction

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