Rhinocéros - ionesco : métamorphose de jean

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  • Publié le: 24 février 2012
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« Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme », disait Ionesco. « Mais le dire, c’est de la folie ». C’est pourtant cette folie que nous montre le dramaturge à travers son œuvre Rhinocéros parue en 1959, folie inspirée de son expérience personnelle d’anti-auteur, lui qui est resté seul face à la montée du nazisme. On le reconnaît ainsi dans son personnage Béranger : venu se réconcilier avecJean et lui annoncer la contamination de M. Boeuf, leur collègue, il constate que son ami devient lui-même « de plus en plus vert »... A partir d’ici, nous nous demanderons quels sont les éléments qui font de cette première métamorphose visible d’un être humain en rhinocéros une farce tragique dénonçant le totalitarisme : pour cela, nous nous pencherons d’une part sur les différentes tensions quiperdurent tout au long de la scène, puis d’autre part sur l’intérêt du grotesque philosophique.

La tension est en effet quelque chose de marquant tout au long de cette scène : elle est présente non seulement dans l’animation dialogue, mais encore dans les contrastes entre les personnages et leurs désaccords, qui s’en vont croissant.
Tout d’abord, le rythme de la conversation est rapide : lesphrases sont courtes, juxtaposées (« Parlez plus distinctement. Je ne comprends pas. Vous articulez mal. ») voire inachevées et marquées par des points de suspension, auquel cas elles ne présentent que des raisonnements incomplets : en effet, Bérenger tente vainement d'argumenter (« Car, vous le savez aussi bien que moi, l'homme... », ou encore « Je veux dire l'être humain, l'humanisme… » et «Enfin, tout de même, l'esprit... »), aussitôt interrompu par son interlocuteur. Insistant sur la diligence du rythme, les répliques sont brèves (« Des bêtises ! »), s'enchaînent vite, donne une impression de rebondissement (« Car, vous le savez aussi bien que moi, l'homme... » « L'homme, ne prononcez plus ce mot »). Différentes particularités traduisent la vivacité du dialogue : des interdictions quisonnent comme des ordres (« Ne prononcez plus ce mot ! »), des formules tranchantes et définitives (« Démolissons tout cela, on s’en portera mieux »), ainsi que la ponctuation : on remarque une abondance d’exclamations qui expriment l’emportement (« L'humanisme est périmé ! », « Des clichés ! », « Des bêtises ! »), et des interrogations qui reflètent la tension du dialogue (« Perdez-vous la tête ?Enfin, aimeriez vous être rhinocéros ? », « Comment ? », « Que faites vous ? »), ainsi que l'étonnement, le besoin d'explication et l'incompréhension entre les deux personnages. Les didascalies jouent aussi leur rôle : l’agitation physique de Jean y est décrite et représente sa nervosité (« Il entre dans la salle de bain », « Jean se précipite vers son lit, jette les couvertures par terre », « Ilfonce sur Bérenger tête baissée »). On notera également la présence de participes présent, lesquels nous montrent une simultanéité de ce qu’il dit et ce qu’il fait, renforçant ainsi cette impression de grande agitation. Ses allées et venues entre la chambre et la salle de bain signalent son irritation face au discours de Bérenger, comme s’il le fuyait : il s’isole par rapport à lui, refuse lesarguments qu’il avance… En soit, des comportements pouvant être considérés comme les prémices de leur séparation. C’est en effet quand « il entre dans la salle de bains », où il demeure avant de « faire une apparition effrayante », que Jean se métamorphose.
Par ailleurs, Bérenger apparaît plus compréhensif, modéré que Jean, comme en témoignent son souci de le guérir (« Je ne peux tout de même pasle laisser comme cela » ; « Je vais appeler le médecin ! »), son inquiétude pour lui et ses désignations fraternelle (« mon cher Jean », « […] c’est un ami. »). Même la façon dont il contredit Jean est atténuée, comme nous le montre l’emploi des locutions « Je veux dire […] » ou « Enfin, tout de même […] ». Contrairement à Jean, il est lucide et tente de le convaincre grâce à la logique, comme...
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