Rimbaud marine

Pages: 5 (1089 mots) Publié le: 3 juin 2013
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André Durand présente

‘’Marine’’
(1885)

Poème de RIMBAUD




Les chars d’argent et de cuivre -
Les proues d’acier et d’argent -
Battent l’écume, -
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l’est,
Vers les piliers de la forêt, -Vers les fûts de la jetée,
Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.

Analyse

Ce poème figurait au dos de “Nocturne vulgaire” et était écrit de la même encre pâlie. Il date vraisemblablement d'une époque où Rimbaud n'était pas encore entièrement libéré du préjugé de la versification, et se livrait, pour assouplir la forme, au même ordre de recherches que celui quiconduira les symbolistes au vers libre, ce poème ayant d’ailleurs pu avoir sur eux une grande influence. Le texte est, en effet, découpé en vers courts correspondant aux structures grammaticales mises ainsi en relief (sujets, verbes + compléments, compléments seuls, chute finale contenue en un vers plus long). On peut estimer qu’avec ‘’Marine’’, Rimbaud expérimenta pour la première fois la forme duvers libre.
Il effectua la fusion de deux éléments : celui de la mer (qui justifie le titre) et celui de la terre labourée ; il employa tout un vocabulaire maritime («proues», «écume», «courants», «reflux», «piliers», «jetée») et tout un vocabulaire agricole («chars», «souches», «ronces», «lande», «ornières», «forêt», «fûts»). Ces deux champs lexicaux comportent le même nombre (à un nom près) determes. Une observation plus précise montre qu'ils sont à la fois rapprochés et dissociés :
- La dissociation : les termes de chaque champ lexical sont dissociés par leur place dans le poème (situation dans des vers différents, par exemple dans le quatrain du début où il y a enchâssement : les vers 1 et 4 englobent les vers 2 et 3) et par des regroupements insolites qui semblent les rapprocher demanière contradictoire («courants de la lande», du vers 5, et «ornières immenses du reflux», du vers 6 ; «piliers de la forêt», du vers 8 et «fûts de la jetée», du vers 9).
- Le rapprochement : il vient de la structure grammaticale. Ainsi, «chars» et «proues» sont rapprochés par la similitude partielle de leurs compléments déterminatifs (vers 1 et 2). Ils sont également rapprochés par le faitqu'ils sont l'un et l'autre sujets de deux verbes («battent» et «soulèvent»). Il en est de même des termes «courants» et «ornières», sujets du même verbe «filent». Les autres termes sont rapprochés de la même façon par la similitude des structures : compléments déterminatifs, compléments de lieu (vers 5 et 6, 8 et 9).
L'impression d'ensemble est celle d'une sorte de brouillage, de confusionconstante et volontaire entre les deux ordres de vision, terrestre et maritime (le champ avec ses charrues et la mer avec ses bateaux) qui se mêlent de telle sorte que sans cesse les expressions qui conviendraient à l'un sont transposées à l'autre, comme si les termes désignant les objets («chars», «proues»), les mouvements («courants», «reflux»), les productions («écume», «ronces», «souches»), certainslieux («jetée», «forêt»), pouvaient devenir interchangeables, et révéler ainsi les interférences et les analogies entre deux univers opposés, mais présentant des caractéristiques similaires.
On peut alors se demander quelle est la nature de ce texte très imagé, faisant naître la vision complexe ou simple de navires, de charrues ouvrant la mer ou la terre.
Est-ce un rêve? Le brouillage et lepassage constant, insolite et rigoureux à la fois, d'un monde à l'autre, par un jeu constant d'analogie, peut évoquer un rêve dans lequel les deux mondes (terre et mer, correspondant à deux des quatre éléments) joueraient le rôle de miroir l'un de l'autre.
Est-ce la description d'une scène en train de se dérouler? L'emploi du présent, les éléments précisant des couleurs, des formes et des...
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