Rimbaud

Pages: 6 (1436 mots) Publié le: 23 janvier 2011
Commentaire



Ce qu'on dit au Poète à propos de fleurs nous est connu par un manuscrit unique : une lettre à Théodore de Banville. L'envoi est signé sans ambiguïté par Rimbaud, dont les initiales A.R. apparaissent à deux reprises, à la fin du poème et à la fin de la lettre. Mais l'expéditeur a fait précéder son monogramme du nom d'Alcide Bava, patronyme issu d'une famille peurecommandable : baver, bavasser... ! Il nous propose donc, selon toute apparence, un principe de lecture différent de celui qui prévaut dans la poésie lyrique, où la voix entendue est assignée par convention au poète, auteur du texte. Ici, au contraire, Rimbaud nous demande de considérer ce personnage inventé d'Alcide Bava comme celui qui parle dans le texte. Au lecteur de se demander quel type de relationentretient l'auteur réel avec cet auteur fictif : identité de vues ou opinions discordantes, et dans quelle mesure ? Ce qui ajoute à l'attrait proprement poétique le piment de la devinette.

Un réquisitoire contre une poétique périmée

On a défini à juste titre Ce qu'on dit au Poète à propos de fleurs comme une sorte d'Art poétique. Dans la première partie (sections I, II, III), Alcide Bavadresse un réquisitoire contre une poétique périmée. Il exprime sa lassitude à l'égard d'un lyrisme floral utilisant "toujours" (l'adverbe est répété cinq fois : v.1, 16, 17, 37, 41) les mêmes images : les roses pleuvant en neige, v.29 ; la blancheur des lys, v.13-16 ; les Açokas et autres fleurs exotiques, v.45 ; etc. Comme Rimbaud dans la lettre à Demeny du 15 mai 1871, mais sans les nommer, ense contentant de les dénoncer au lecteur par le jeu des allusions impertinentes, de la parodie, de la dérision scatologique (v. 39-40, 48, 79, 96), il fait le procès des "premiers romantiques" (Lamartine, par exemple, aux v.1, 96) et même des "seconds" (Leconte de Lisle, et surtout Banville).

Mais si Rimbaud et Bava ne font qu'un, on s'en doute, lorsqu'il s'agit de porter la critique contreles conventions du Romantisme, telles qu'on les trouvait encore chez les Parnassiens, cette identité se fissure quand, dans la seconde partie du texte (sections IV et V), Bava entreprend d'édicter pour les poètes une doctrine alternative, fondée sur l'adaptation aux valeurs de la société bourgeoise. En effet, ce manifeste assez désopilant de poésie utilitariste tourne vite à la bouffonnerie, voireà l'absurde, faisant soupçonner une certaine duplicité de la part de l'auteur.

Ni Banville, ni Bava !

Prenant l'exact contre-pied de Banville, qui n'a que mépris pour ce qu'il appelle "ce siècle de fer" (dans Ballade de sa fidélité à la poésie, une des dix ballades publiées par Banville, en novembre 1869, dans le deuxième recueil du Parnasse contemporain), Bava exulte :

"Voilà !c'est le Siècle d'enfer !" (v.149).

Le Poète, selon lui, doit se faire le chantre du "Siècle" sur sa "lyre aux chants de fer". Le Siècle, c'est-à-dire : "les plantes travailleuses", les "insectes pondeurs", "l'abatis des mangliers", les "poteaux télégraphiques", ... et puis, bien sûr, "commerçant(s)" et "colon(s)", planteurs de "tabac" et "cotonniers", avec leurs "exotiques récoltes" et, surtout,leurs "rente(s)".

Avant que le poème ne s'achève sur une publicité gratuite pour la maison Hachette (qui rime avec "rachète"), l'auteur fait tout ce qu'il faut pour qu'aucun lecteur ne puisse prendre au sérieux l'art poétique prôné par son apparent porte-parole. Car personne ne croira qu'il suffise aux poètes, pour trouver du Nouveau, d'aller puiser leurs idées dans les ouvrages devulgarisation scientifique de l'excellent Louis Figuier, ni qu'un développement sur "le mal des pommes de terre" soit à même de produire "des poèmes pleins de mystère" (v.154-156) ! Après nous avoir fait rire de Banville, Rimbaud nous fait rire de Bava.

On serait donc tenté de conclure que Rimbaud, ni Banville, ni Bava, renvoie dos à dos deux options poétiques rivales émanant du champ littéraire...
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