Robert zelany - les princes d'ambre

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  • Publié le : 22 décembre 2010
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Roger Zelazny

Les neuf princes d'Ambre
(Nine princes in Amber)

1970

1.

Ça commençait à se dissiper, mais après ce qui me parut être une éternité.
J'essayai de remuer les orteils. J'y réussis. J'étais sur un lit d'hôpital, les jambes dans le plâtre. C'étaient bien mes jambes.
Je fermai les yeux avec force et je les rouvris. Trois fois.
La chambrereprit son aplomb.
Où diable étais-je?
Les brumes se déchirèrent lentement et la mémoire me revint. Je me souvins de nuits, d'infirmières et d'aiguilles. Chaque fois que je commençais à reprendre mes esprits, quelqu'un entrait et me piquait avec quelque chose. C'était exactement ce qui s'était passé. Exactement ça. Mais maintenant j'étais à peu près conscient. Ils allaient bien êtreobligés d'arrêter leur petit jeu.
Non?
Une pensée jaillit : Peut-être pas.
Un léger scepticisme, bien naturel, quant à la pureté des motivations humaines vint assombrir le cours de mes pensées. Je pris brusquement conscience qu'on avait dû m'administrer une bonne dose de narcotiques. Sans aucune raison, eu égard à mon état de santé. Aucune raison non plus pour qu'ils s'arrêtent si on lesavait payés pour. Alors fais gaffe et joue les drogués, me conseilla une petite voix intérieure qui, malgré sa sagesse, n'était pas ce qu'il y avait de meilleur en moi.
C'est ce que je fis.
Dix minutes plus tard, une infirmière passa la tête par l'entrebâillement de la porte. J'étais évidemment en train de ronfler avec application. Elle s'en alla.
Pendant ce temps, j'avais commencé àreconstituer ce qui était arrivé.
Je me souvenais vaguement d'avoir eu un accident. La suite était encore floue. Quant à ce qui s'était passé avant, je n'en avais pas la moindre idée. Je me souvenais qu'on m'avait d'abord conduit dans un hôpital, puis dans cet endroit. Pourquoi? Je n'en savais rien.
Mes jambes, cependant, se portaient bien. Suffisamment bien pour me soutenir. Je nesavais pas combien de temps s'était écoulé depuis leur fracture — mais je savais qu'elles avaient été fracturées.
Je m'assis. Après un gros effort, car mes muscles étaient ankylosés. Dehors il faisait nuit Une poignée d'étoiles clignotaient contre la fenêtre. Je leur rendis leur clin d'œil et balançai mes jambes sur le bord du lit.
Je fus pris d'un vertige qui s'atténua au bout d'un momentJe me levai en m'agrippant à la tête de lit. Je fis mon premier pas.
Parfait. Mes jambes me portaient. Théoriquement, j'étais donc en état de m'en aller. Je revins à mon lit et m'allongeai pour réfléchir. Je transpirais et je tremblais. Visions de bonbons, etc.
Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark...
Je me souvins. Il y avait une voiture mêlée à cetaccident. Un sacré bon Dieu d'accident..
La porte s'ouvrit, laissant filtrer un peu de lumière. A travers mes cils, j'aperçus une infirmière tenant une seringue hypodermique.
Elle s'approcha du lit. Une nana hanchue avec des cheveux sombres et de grands bras. Au moment où elle fut tout près, je me redressai. « Bonsoir.
— Oh!... bonsoir! répondit-elle.
— Quand est-ce que je sors?
—Il faut demander au docteur.
— Faites-le.
— Remontez votre manche, je vous prie.
— Non merci.
— Je dois vous faire une piqûre.
— Je n'en ai pas besoin.
— J'ai bien peur que ce soit au docteur d'en décider.
— Alors faites-le venir. Il me le dira lui-même. Jusque-là je refuse.
— J'ai des ordres.
— Eichman en avait aussi. Vous savez ce qui lui est arrivé,dis-je en hochant lentement la tête.
— Très bien, dit-elle, je vais être obligée de faire un rapport...
— Je vous en prie. Pendant que vous y êtes, dites-lui que j'ai décidé de partir demain matin.
— Impossible. Vous ne pouvez même pas marcher... Vous avez eu des lésions internes...
— Nous verrons. Bonsoir. »
Elle disparut sans répondre.
Je restai allongé en...
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