Ronsard "comme on voit sur la branche"

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  • Publié le : 11 octobre 2010
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Commentaire rédigé du poème « Comme on voit sur la branche »
Catulle et Lesbie, Pétrarque et Laure, Ronsard et Hélène ou Cassandre ou Marie : les poètes ont souvent célébré leurs maîtresses dans leurs œuvres. Elles étaient les Muses qui les inspiraient, leur soufflaient les poèmes d’amour qui les rendaient célèbres. Mais ce sonnet de Ronsard, tiré du Second livre des Amours, publié en 1578,évoque la perte de sa bien-aimée, Marie, prématurément disparue. La Muse est morte : que devient alors la poésie ? Comment chanter la femme aimée trop tôt décédée ? La poésie n’est-elle pas un moyen de soulager la souffrance du poète ? Nous verrons d’abord comment Ronsard fait l’éloge de la femme aimée à travers une comparaison pleine de sens. Ensuite, nous étudierons comment le poète a recours àl’élégie pour exprimer ses sentiments.

Tout d’abord, le poète amoureux représente sa maîtresse, Marie, de manière élogieuse, en la comparant à la plus belle des fleurs, la rose. En effet, la structure du poème repose entièrement sur une comparaison entre la fleur et la femme, ce qui met en valeur l’identité profonde qui existe entre elles. Ainsi, les deux quatrains sont consacrés à une description dela rose, évoquant sa naissance, son épanouissement, puis son flétrissement et sa mort, c’est-à-dire le cycle de la vie de la fleur. A cette anecdote de portée apparemment générale, comme le souligne l’utilisation du pronom personnel « on » (v. 1), succèdent deux tercets qui s’adressent à la femme aimée, elle aussi disparue. Les deux parties du poème sont intimement liées par l’utilisation de laconjonction « comme » (début du vers 1), qui amorce la comparaison, et de la conjonction de coordination « ainsi » qui explicite au début du premier tercet, c’est-à-dire à la charnière du sonnet, la comparaison qui est établie entre la rose et Marie. Et c’est le dernier vers de ce premier tercet, « La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes », qui explique véritablement la ressemblance entre ellesdeux : la mort a tué Marie, comme la pluie et la chaleur ont tué la rose. Outre ce recours à la figure de la comparaison, la structure du poème souligne d’une autre manière l’identité entre la femme et la fleur : le dernier vers (parlant de Marie) s’achève par le mot « roses » et fait ainsi écho au premier vers, dont la structure syntaxique permet de mettre en relief le mot « rose » placé à la rime :« Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose ». La fleur et la femme aimée sont ainsi unies par la rime et par cette structure circulaire du poème. Enfin, le premier tercet, pour évoquer Marie, reprend des termes qui ont servi à décrire la rose dans le premier quatrain : « première » (v. 2 et 9), « jeunesse » (v. 2) et « jeune » (v. 9), ce qui souligne une nouvelle fois la ressemblanceentre les deux. De même, la rose est personnifiée, elle emprunte ses attributs à la femme – le nom « jeunesse » convient moins à une plante qu’à une femme – et la femme est en quelque sorte « naturalisée », puisqu’elle est transformée en « roses » au dernier vers. Le poète ne cesse donc, par divers moyens, de montrer que la rose et Marie ont une nature très semblable.
Mais pourquoi ce choix de larose ? Quelles ressemblances partagent-elles précisément ? D’une part, elles ont en commun les mêmes qualités : la « jeunesse » d’une part, comme en témoigne le champ lexical du commencement, « mois de mai » (associé au printemps), « jeunesse », « première », « Aube », « point du jour », « première et jeune nouveauté ». La rose comme Marie rayonnent d’une « jeunesse » et d’une fraîcheuréclatantes. La « beauté » d’autre part : toutes deux charment les sens. Le poète nous dit ainsi que la fleur séduit par « sa vive couleur » (v. 3), ce qui relève du sens de la vue, et par son « odeur » (v. 6), ce qui relève du sens de l’odorat. En fait, Ronsard a choisi la rose pour sa valeur symbolique : la reine des fleurs représente la plus belle des femmes, car toutes deux figurent avec évidence...
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