Ronsard - derniers vers

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  • Publié le : 11 décembre 2011
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Ronsard, « Derniers vers ».

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé
que le trait de la mort sans pardon a frappé
je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble

Apollon et son fils, deux grands maitres ensemble
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé
Adieu, plaisant soleil ! Mon œil est étoupe
Mon corps s’en va descendre où tout sedésassemble

Quel ami, me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé
Me consolant au lit et me baisant la face

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons ! Adieu, mes chers amis !
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Dans ce poème la décrépitude du corps se transforme en un art de la relation : il s’agit de se voir,d’oser se regarder pour imaginer le regard de l’autre sur soi-même pour affronter la mort.
Le premier quatrain : autoportrait au moribond.
« Je n’ai plus que les os, un squelette je semble ». Expression renforcée par le placement de part et d’autres de la césure des mots « os » et « squelette ».
« Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé » : rythme ternairelancinant qui montre l’acharnement, l’inexorabilité de la mort dans une gradation : chair, nerfs, muscles, pulpe.
Troisième vers : « que le trait de la mort sans pardon a frappé » : la mort est actualisée par le passé composé, son temps est déjà commencé. Ce vers est un verdict, le sujet devient objet pour lui être livré. « je n’ose voir mes bras que de peurje ne tremble » : le sujet n’ose plus s’apercevoir, comme si l’allégorie de la mort apparaissait dans son corps même. Ce vers traduit l’importance du regard, partagé entre la cécité volontaire et la peur d’avoir peur. La comparaison amène à un tremblement du malade, accentué par le terme « tremble » à la rime.

Deuxième quatrain :
« Apollon et son fils, deux grandsmaitres ensemble » : rupture entre l’évocation très réaliste du corps et la mention antique d’Apollon et d’Esculape, même les Dieux ne peuvent le sauver.
« Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé » : présente une forme d’hostilité. Ronsard ne se présente plus victime que de la mort, mais aussi d’une illusion : la poésie qui pouvait transformer le corps mortel en rosedans l’Ode à Cassandre ne parvient pas à éviter la déchéance. C’est une forme d’objectivité, qui permet de s’orienter vers une espérance.
« Adieu, plaisant soleil ! Mon œil est étoupé » : contraste entre la réalité physiologique et l’adieu traditionnel, de posture, au soleil. L’œil couvert de pansements dit à la fois le caractère réaliste face à la maladie, l’aveuglementqui l’empêche de voir le soleil (renforçant ainsi l’impression artificiel du premier adieu), et l’analogie au naufrage : l’étoupe sert normalement à calfater la coque des navires en mauvais état.
« Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble » : le corps qu’on n’osait plus regarder devient sujet d’un mouvement ; la périphrase de l’enfer fait pénétrer lecorps dans un lieu où il perd son unité, lui qui était squelette et donc construit. Quasi paronomase qui exprime l’analogie entre enterrement et décomposition.
Ainsi le narrateur envisage son départ dans l’anonymat, plus rien de son corps ne sera plus à lui. De cette dislocation, la syntaxe de la 2e strophe est témoin : enjambement au 2e vers, pluralité des temps de conjugaison, adresse au soleilqui change la narration, contraste entre le prosaïsme de la maladie et l’évocation antique divine. Avec quoi, avec qui le poème se fait-il lien ?

Tercets :
« Quel ami, me voyant en ce point dépouillé » : reprise du thème du regard en changeant de point de vue, Ronsard ose imaginer le regard des amis quand il ne peut le faire pour lui-même : nouvelle phase de...
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